L’expérience libyenne contre le peuple syrien ?

30 11 2011

Le ministre des affaires étrangères Turque, Ahmet Davutoglu

Le 28 novembre 2011 le rapport sortait à l’Assemblée Générale de l’ONU[1]  condamnant vigoureusement les crimes contre l’humanité[2] et des graves violations des droits de l’homme[3] en Syrie. Plus de 3 500 morts, dont près de 300 enfants, ont été tués et parfois même torturés par les services de sécurité Syrien ou par l’armée fidèle au régime, notamment la garde républicaine dirigée par Maher Al Assad, le frère de Bachard. Cette condamnation arrive après celle de la Ligue Arabe qui la veille, le 27 novembre, avait de nouveau condamné le régime syrien de Bachard al Assad. Nabil al Arabia, président  Secrétaire Général de la Ligue a précisé que les sanctions s’appliquent immédiatement.  Celles-ci demandent le gel des comptes du gouvernement Syrien et la suspension des vols commerciaux ainsi que l’interdiction de voyager pour des hauts dignitaires de l’Etat.   Voté par 19 pays arabes – l’Algérie, le Liban et l’Irak[4], ce n’est pas une surprise, ont voté contre.

Wallid Mauallem, le ministre des affaires étrangères syrien, a réagi de façon classique en accusant la Ligue Arabe de vouloir « favoriser une intervention étrangères ».

Mais cette fois justement, et c’est peut être un des premiers enseignements de l’expérience libyenne, il n’est pas question d’intervention militaire. N’en déplaise aux faux marchands de liberté en chemise blanche, les terribles effets de la guerre en Lybie avec ces dizaines de milliers de morts ont peut être pesé pour éviter une guerre civile. Car s’il est toujours plus facile et gratifiant  d’envoyer les gens mourir pour des idées, les effets positifs en terme de droit de la personne et de démocratie des guerres irakiennes, afghanes et libyennes sont encore bien flous.

Le deuxième enseignement est que le non respect de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU[5] est une épine dans le pied de la coopération des Etats pour les crises humanitaires à venir. La Chine et la Russie ont ainsi trouvé le bon prétexte, au détriment des populations syriennes, pour mettre un véto sur les mesures urgentes à prendre contre le régime de Bachard el Assad. Heureusement le risque politique que fait courir l’apathie de la communauté internationale[6] sur ce pays, et avec l’aide d’une partie de la presse internationale qui relaie quotidiennement les évènements, a obligé la Ligue Arabe à se secouer. C’est un paradoxe incroyable au vu de la nature des régimes[7] qui la compose, mais c’est aussi un angle nouveau et  important. Car, à terme, c’est un signal fort en direction de la Russie et la Chine qui est posé, donc  qui relance le  Conseil de Sécurité, pour que les pressions sur le régime syrien soient plus universelles et efficaces. Par exemple un embargo sur les armes, ces armes qui sont utilisées au quotidien contre des manifestants non armés. Pourquoi attendre si longtemps alors que la résolution 1970[8] du Conseil de Sécurité, qui demandait un embargo strict sur les transferts d’armes en direction de la Libye, avait été votée dès le début de la crise libyenne ?

Enfin le ministre des affaires étrangères Turque, Ahmet Davutoglu, a signifié aujourd’hui la fin de la coopération stratégique avec Damas et l’arrêt de toute livraison d’armes ainsi que des  crédits turcs destinés à la Syrie[9].

Je voudrais rappeler ici, faut il y voir une relation de cause à effet, que de nombreux pays ont exporté des armes en direction du régime syrien alors que les rapports des ONG internationales relevaient déjà les nombreuses voir graves violations des droits de la personne dans ce pays[10]. Un pays ou la torture était largement répandue et les auteurs laissés en liberté et qui n’a toujours pas signé la Convention contre la torture et les traitements inhumains.   La Russie est en tête ce qui explique sa position de véto au Conseil de Sécurité de l’ONU, mais aussi l’Autriche, l’Egypte, l’Inde l’Iran, l’Italie, et malheureusement la France[11]. Le Président français, un peu comme ce qu’il avait fait avec Kadhafi, avait tenté un rapprochement hasardeux avec le dictateur syrien, notamment lorsque celui ci avait été invité d’honneur au défilé du 14 juillet 2008.


[2] Ibid voir point 101 page 18

[3] Ibid voir point 102 page 19

[4] Pour des raisons régionales en ce qui concerne le Liban et l’Irak et de structure de régime pour l’Algérie qui continue de s’arque bouter contre l’aspiration des peuples au respect des droits de l’homme

[5] Une résolution  qu’a largement outrepassé l’OTAN dans son action sur le terrain : http://www.un.org/News/fr-press/docs/2011/CS10200.doc.htm

[6] Le mardi 22 novembre la commission des droits de l’homme avait malgré tout fait adopter une résolution à l’Assemblée Générale l’ONU http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N11/598/38/PDF/N1159838.pdf?OpenElement

[7] Notamment l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, l’Egypte, le Soudan, Yémen…

[8] Votée 26 février 2011

[9] Son premier ministre Receip Erdogan avait déjà appelé Bachard el Assad à démissionner : http://www.lematin.ma/express/Erdogan-a-Assad_–Le-jour-viendra-ou-tu-partiras-aussi-/159135.html   http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/syrie-la-turquie-annonce-des-sanctions-economiques-30-11-2011-1745808.php

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Le retour de Victor Bout, de Ziad Takkiedine et des autres…

9 11 2011

Ce cher Victor

Pour le premier, c’est la semaine dernière que ce cher Victor est passé devant Shira A. Scheindlin, juge à la cour du district fédéral de Manhattan.  Après avoir balayé d’un revers de la main les faibles arguments de la défense, Victor a été jugé coupable  de plusieurs délits :

Le premier est d’avoir vendu des armes qui auraient pu être utilisé à assassiner des citoyens des Etats Unis, pour lequel il risque une peine allant jusqu’à la prison à vie.

Le deuxième était d’avoir cherché à se procurer des Manpads, des missiles sol-air comme les Stinger étasuniens ou les sam7 russes, ce qui pourrait lui valoir 25 années de prison.

Le troisième est  d’avoir voulu vendre ce matériel à une organisation que les Etats Unis ont classé comme terroriste, il  risque cette fois un maximum de 15 années de prison.

Toutes ces peines pourront s’additionner les unes aux autre lorsque le jugement sera rendu le 8 février prochain. La date est intéressante car elle viendra quelques jours seulement avant les négociations du dernier Comité Préparatoire

Nous savons que le système judicaire étasunien n’est pas toujours à la pointe de l’équité[1], mais nous pouvons espérer raisonnablement de voir Victor passer une bonne partie de sa vie restante en prison pour avoir participé à de graves violations des droits de l’homme. Mais l’exercice n’est pas simple car si nous savons qu’il a participer à de nombreuses violations d’embargos en tant que transporteur[2], il n’y a pas de preuve de son implication comme courtier ce qui est puni par la loi étasunienne. Quelques ONG feraient bien de prendre garde à la confusion.

Enfin, les Russes se sont bien entendu opposés à l’extradition de Victor en mettant en avant les risques qu’il courait, Victor, de ne pas bénéficié  d’un procès  équitable, ce qui, au vu de la pratique de la justice en Russie, est une belle preuve d’humour noir.


[1] Il est suffit de voir le pourcentage de personnes socialement défavorisées qui croupissent dans les prisons des Etats Unis, dont beaucoup sont des noirs, et la légèreté des enquêtes condamnant les individus. C’est encore plus criant dans les couloirs de la mort ou de trop nombreuses personnes, comme récemment Troy Davis, ont été exécutées sans preuves probantes. Voir : http://www.peinedemort.org/actualite.php?pays=3

Ce cher Ziad

Pour ce qui est de Ziad Takkiedine, il est mis en examen pour recel et abus de biens sociaux. Il s’est fait rétribué largement pour des intermédiations, réelles ou fictives, sur les dossiers de vente d’armements à l’Arabie Saoudite, Sawari 2, et au Pakistan, Agusta[1], et nous n’en sommes pas encore au tribunal. Mais la distance s’amenuise car, après avoir longtemps clamé n’avoir pas été impliqué dans la vente de sous marin Agusta au Pakistan en 1994, ce cher Ziad vient de reconnaître qu’il a touché quelques 24 millions de francs le 13 février 1995 au nom de sa société Fitzroy Estates Ltd[2]. C’est beaucoup mais ce n’est rien comparé au 350 millions d’euros cette fois qu’il aurait touché pour les frégates de Sawari2.

Pour couronner le tout, ce cher Ziad était aussi un proche de Kadhafi, et aurait œuvré du temps du rapprochement entre le guide Libyen Mouammar Kadhafi avec Nicolas Sarkozy, Président de la République française, entre 2005 et 2009. Heureusement, comme Ziad est un garçon avisé, il n’était plus au coté de Kadhafi quand celui ci s’est fait occire manu militari, le 20 octobre 2011, au détriment de la vérité, du respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Le récent rapport au Parlement sur les exportations d’armes de la France en parle pas de l’accumulation de ces sommes versées aux intermédiaires, du coût final de la vente des chars Leclerc aux Emirats Arabes Unis[3] et des amendes versées pour les frégates de Taiwan[4], dommage car nous approcherions plus de la réalité de l’impact de ces ventes sur le budget de l’Etat Français. Ce sont aussi ces éléments que les députés et les citoyens français sont en droit de savoir pour apprécier la pertinence de la politique d’exportation d’armes de la France. C’est ce que, nous l’espérons, le traité sur le commerce des armes permettra dans un avenir proche.

Voilà comme dirait Pierre Dac « un concerné n’est pas forcément un imbécile en état de siège pas plus qu’un concubin obligatoirement un abruti de nationalité cubaine. »

Benoît Muracciole


[1] Voir Jean Guisnel armes de corruption massives ; édition de La Découverte.

[2] Voir l’enquête de Fabrice Arfi et Karl Laske sur http://www.mediapart.fr/

[3] La vente de 388 chars Leclerc a plombé les comptes de GIAT industrie dont le sauvetage à au moins coûté 4 milliards d’euros aux contribuables : http://www.lefigaro.fr/societes/2010/03/10/04015-20100310ARTFIG00761-nexter-a-tourne-la-page-du-char-leclerc-.php

[4] Jeudi 9 juin 2011, la cour d’appel de Paris a confirmé la sanction record infligée à Thales par une cour arbitrale chargée de trancher le litige que la justice française n’est pas parvenue à élucider. Le groupe de défense devra payer 630 millions d’euros à la marine taïwanaise pour les pots-de-vin versés il y a vingt ans pour un contrat de navire de guerre, dont 460 millions seront pris en charge par l’Etat : http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20110609-affaire-fregates-taiwan-va-couter-cher-contribuables-francais