A quoi sert le traité sur le commerce des armes?

27 03 2019

http://www.rfi.fr/emission/20190324-armes-commerce-traite-tca-syrie-yemen-moyen-orient-etats-unis-france

 





Ventes d’armes aux pays impliqués dans la guerre au Yémen Le Sénat étasunien vote NON pendant que le Parlement français reste muselé

14 03 2019

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Paris, le 14 mars 2019

Hier, le 13 mars 2019 le sénat a voté contre le soutien militaire des Etats Unis à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis par 54 voix pour et 45 contre. Ce texte était proposé par les sénateurs Bernie Sanders (indépendant), Mike Lee (républicain) et Chris Murphy (démocrate). Les pays de la coalition intervenant dans la guerre au Yémen sont responsables de crimes de guerre[1], voire de crimes contre l’humanité.

Le 14 février dernier, la Chambre des représentants avait déjà voté dans ce sens par 248 voix pour et 177 contre. Le Congrès montre ainsi qu’il est possible d’avoir un débat et un vote des Parlementaires sur la responsabilité des Etats-Unis pour leur soutien militaire à des pays qui commettent des graves violations des droits fondamentaux dont la torture, les disparitions forcées, les viols et les exécutions extrajudiciaires[2].

En France ce débat parlementaire est bloqué par le gouvernement et ce malgré les demandes portées par les Parlementaires Sébastien Nadot (avril 2018) Bastien Lachaud (juillet 2018) et Alexis Corbière (février 2019) qui demandent l’ouverture d’une enquête sur les ventes d’armes de la France.

Malgré cela depuis le début de la guerre, la France a livré aux pays de la coalition pour plus de 10 milliards d’euros d’armes et autorisé l’exportation pour plus de 30 milliards d’euros d’armes en 2018[3].

Depuis plusieurs années, l’association Action Sécurité Ethique Républicaines (ASER) demande la suspension des exportations d’armes françaises à destination des pays qui interviennent militairement au Yémen car celles-ci violent l’article 6 du traité sur le commerce des armes (TCA).

L’association ASER a introduit en mai dernier un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif de Paris à l’encontre de la décision du Premier ministre lui ayant formellement refusé cette suspension.

La guerre renforce Al Qaeda dans la Péninsule arabique ainsi que ceux qui se font appeler DAESH, notamment grâce aux armes vendue à la coalition et récupérées par ces derniers[4].

ASER a le statut consultatif  spécial ECOSOC aux Nations unies et est membre du RAIAL

[1]Rapports des experts des Nations Unies, janvier 2017, août 2018

[2]Ibid

[3]Rapport au Parlement 2018 sur les exportations d’armement de la France

[4]D’après le département d’Etat étasunien rapport 2016

PRESS RELEASE

 

Arms sales to countries involved in the war in Yemen

The US Senate votes NO while the French Parliament remains muzzled

 

 Yesterday, on 13 March 2019, the Senate voted against US military support for Saudi Arabia and the United Arab Emirates by 54 votes to 45. This text was proposed by Senators Bernie Sanders (Independent), Mike Lee (Republican) and Chris Murphy (Democrat). The coalition countries involved in the war in Yemen are responsible for war crimes[1], even crimes against humanity.

On February 14, the House of Representatives had already voted 248 in favour and 177 against. The Congress thus shows that it is possible to have a debate and a vote by parliamentarians on the responsibility of the United States for its military support to countries that commit serious human rights violations including torture, enforced disappearances, rape and extrajudicial executions[2].

In France, this parliamentary debate is blocked by the government, despite requests from Parliamentarians Sébastien Nadot (April 2018), Bastien Lachaud (July 2018) and Alexis Corbière (February 2019), who are calling for an investigation into France’s arms sales.

Despite this, since the beginning of the war, France has delivered more than €10 billion worth of weapons to the coalition countries and authorised exports of more than €30 billion worth of weapons in 2018[3].

For several years, the association Action Sécurité Ethique Républicaines (ASER) has been calling for the suspension of French arms exports to countries that intervene militarily in Yemen because they violate Article 6 of the Arms Trade Treaty (ATT).

Last May, the ASER association lodged an appeal against the Prime Minister’s decision formally refusing to suspend it before the Paris Administrative Court on the grounds of abuse of power.

The war reinforces Al Qaeda in the Arabian Peninsula as well as those who call themselves DAESH, notably through the weapons sold to the coalition and recovered by the latter.

ASER has special ECOSOC consultative status at the United Nations and is an IANSA member.

[1]United Nation expert reports, January2017, August 2018

[2]Ibid.

[3]Report to Parliament 2018 on French arms exports : https://aser-asso.org/wp-content/uploads/2018/07/Rapport-au-Parlement-2018-sur-les-exportations-darmement-de-la-France-Minist%C3%A8re-de-la-d%C3%A9fense-juillet-2018.pdf





Deuxième jour de la 4° conférence des Etats parties au TCA

21 08 2018





La génération du 24 mars, pour créer un nouveau paradigme sur le contrôle des armes aux Etats Unis ?

28 03 2018

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Depuis des années et le passage en en 1993 de la loi Brady , de nombreux analystes assenaient le constat qu’il n’y avait pas d’espoir de voir la question du contrôle de la vente et du port d’armes avancer aux Etats Unis.
L’interprétation du second amendement que la National Rifle Association (NRA) et ses affiliés, notamment l’industrie étasunienne des armes à feu, diffusaient avec force et millions de $, affirmait que le droit de tout individu de porter une arme ne pouvait être enfreint. Cette alliance pro armes bloquait toute avancée dans la protection du premier des droits de l’Homme : le droit à la vie.

En plus de cette interprétation du second amendement, il était communément convenu qu’un Président qui défendait la régulation de la vente et du port d’armes ne pouvait être élu dans ce pays à cause à l’influence déterminante de la NRA dans les élections. Pourtant la réélection de Bill Clinton en 1997 en est de ce point de vue un des plus récents démenti. En effet, en 1994 il fait une loi qui interdit à la vente les fusils d’assauts et il est largement réélu en 1997 .
Barak Obama en a été lui aussi un contre exemple. S’il n’a pas été actif et efficace dans le contrôle de la vente et du port d’armes , on ne peut pas dire qu’il ait été un grand soutien de la NRA et autres mouvements pro armes.
Enfin expliquer l’élection de Donald Trump, qui a reçu 50 millions $ pour sa campagne présidentielle pour un budget évalué à environ 957,6 millions$, est un déni de la réalité sociologique et politique étasunienne du moment. La faillite du projet démocrate représenté par Hilary Clinton semble un argument plus sérieux que de nombreuses analyses reconnaissent aujourd’hui .

Mais le dépassement du million de manifestants du 24 mars 2018 n’a pas émergé d’un temps sans histoire, il s’inscrit dans une longue lutte menée par des ONG . Celles-ci avaient obtenu des avancées sur l’achat et / ou le port d’armes, avec des mesures plus ou moins strictes, dans 33 Etats ainsi que dans le district de Colombia . L’espoir que nous avons gardé de voir une régulation avancer dans ce pays, était plutôt guidé au moins par trois éléments importants :

D’abord, parce que l’interprétation du second amendement qu’avaient retenue les deux premières décisions de la cour suprême de ce pays en 1938 et 1980 assurait le droit de garder et porter les armes dans le but de maintenir une milice bien réglementée . Elles avaient précisé que ce droit devait s’exercer par un Etat. Cette milice est aujourd’hui représentée aux Etats Unis par la garde nationale . Il n’était pas donc pas question de permettre aux citoyens de porter librement des armes. C’est ce que le juge Stevens, ancien juge de la cour suprême des Etat Unis, a réaffirmé dans le New York times du 27 mars 2018 .

Ensuite parce que la marque des Etats Unis est sa grande diversité culturelle. Les Etats Unis sont une terre d’immigration et depuis peu, cette immigration porte plutôt en elle une vision progressiste sur la question du contrôle des armes. Les principaux pays d’origines des immigrants, que sont l’Inde et la Chine , ont mis en place des lois très restrictives en ce qui concerne la vente et le port des armes à feu .
Quant aux personnes venant d’Amérique latine , qui représentent la troisième communauté arrivante, elles ont le plus souvent dû fuir leur pays non seulement à cause de la pauvreté, mais aussi de violence armée à laquelle elles ont été confrontées. L’origines de cette violence est multiple : celle des représentants de la force publique (militaires, paramilitaires, forces de l’ordre…), celles des groupes révolutionnaires armés, ou encore celle des gangs ou groupes criminels largement implantés dans ces régions. Même si une petite partie de cette émigration, poussée par ces mêmes questions de pauvreté et de violence, rejoint d’autres gangs sur leurs nouveaux territoires , la grande majorité garde en elle le souvenir proche de la terreur que l’absence du contrôle des armes leur a fait vivre.

Enfin parce que la dérégulation dans le contrôle des ventes d’armes à causé aux Etats Unis plus de morts que tous les conflits auxquels ce pays a participé. En effet entre 1968 et 2015 il y a eu plus d’un million cinq cent mille morts, victimes d’un tir d’arme à feu . Pour 2016 et 2017, une analyse des données officielles par Brady Campaign a réuni le chiffre d’environ 30 000 morts par armes à feu pour ces deux années . Ce qui signifie que depuis le 11 septembre 2001 il y a eu plus de 540 000 morts par armes à feu au Etats Unis. Al Qaïda et autres groupes responsables d’actes de terrorismes n’ont qu’à bien se tenir …
Mais ces chiffres ne suffisent pas à décrire l’état de terreur que peuvent connaître des familles entières selon qu’elles vivent dans tel ou tel quartier de New York à Los Angeles en passant par Detroit, Chicago, San Francisco ou Denver. Car si ce sont plus de 100 000 personnes qui sont victimes chaque année de la violence des armes à feu, ils sont des millions à vivre quotidiennement sous la menace de cette même violence .

Il est bien entendu trop tôt pour annoncer une date qui verra ce changement de paradigme se traduire par une loi, mais déjà un certain nombre de sociétés l’ont bien compris et ont commencé à se désengager de leurs liens avec la NRA .
Le temps des Humains a besoin d’être long pour s ‘inscrire dans les mentalités et peut être plus encore pour qu’il se transforme en un vote d’une réglementation stricte du port d’armes comme il y en a en Europe. Mais nul ne connaît aujourd’hui les limites de ce mouvement, car comme l’a déclaré Emma Gonzales, une des jeunes étudiante du Marjory Stoneman Douglas High School de Floride : « Nous ne sommes pas ici pour des miettes, nous sommes ici pour un vrai changement ».

Hugues Leenhardt ASER
Benoît Muracciole Président ASER





Ventes d’armes : « Hollande a opté pour des vues économiques à court terme »

6 04 2017

De nouvelles ventes d’armes de la France à l’Arabie saoudite, susceptible de les utiliser dans la guerre au Yémen, suscitent débats et interrogations. Entretien.
PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN GUISNEL
Publié le 06/04/2017 à 13:44 | Le Point.fr

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Le ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salmane avec François Hollande lors d’un sommet du G20 à Hangzhou, en Chine, en septembre 2016.

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/ventes-d-armes-hollande-a-opte-pour-des-vues-economiques-a-court-terme-06-04-2017-2117694_53.php





Au Moyen Orient, les graves violations des droits de l’Homme et les crimes de guerre sont-ils la culture commune des pays occidentaux, de la Syrie, de la Turquie, de la Russie et de l’Iran ?

21 03 2017

Alep

Les rapports s’accumulent sur les crimes de guerre et les graves violations des droits de l’Homme autour des conflits allant de la Turquie, en passant par la Syrie et l’Irak jusqu’au Yémen.

 

Turquie

Le mois dernier les Nations Unies ont sorti un nouveau rapport dénonçant les graves violations des droits de la personne perpétrés par l’armée Turque et dirigée contre les populations majoritairement kurdes[1]. Plus de 2 000 personnes ont été tuées entre juillet 2015 et août 2016, dont des femmes et des enfants ainsi que plus de 800 membres des forces de sécurité turque. La lutte contre le « terrorisme » justifie beaucoup d’entorses quant au respect des droits de l’Homme pour la Turquie, comme pour de trop nombreux gouvernements. L’usage d’armes classiques par les forces gouvernementales dans des lieux à grande densité humaine constitue également une grave violation du droit international humanitaire. Enfin les disparitions, mauvais traitements et les cas de tortures, sont redevenus monnaie courante dans ce pays membre de l’OTAN[2]. Non seulement ses dernières interventions en Afghanistan et en Libye ont été un désastre pour les populations civiles, mais en plus l’OTAN accepte en son sein des pays qui violent gravement les droits fondamentaux.

 

Mais la Turquie est-elle seule à utiliser des méthodes contraires au droit international ?

Une étude attentive des règles d’engagement des groupes armés et des armées régulières dans cette partie du Moyen-Orient peut nous en faire douter. Même s’il est comme toujours difficile de connaître le nombre de morts dans un conflit, les informations sur la réalité et la gravité des crimes de guerre, les graves violations des droits de l’Homme, voir des crimes contre l’humanité finissent toujours par percer grâce au courage de militants sur le terrain.

 

Gaza : Israël.

Cette guerre entamée le 13 juin 2014 par l’armée israélienne à Gaza a constitué une des plus violentes opérations militaires de l’État israélien depuis l’invasion du Liban en 2006. Le nombre de victimes civiles a atteint à nouveau un seuil dramatique. Dans le camp israélien le bilan est de 6 civils et 67 soldats morts, ce qui signifie qu’un peu plus de 8% des victimes sont des civils. Du coté Palestinien le rapport dénombre 1 462 civils et 789 soldats, ce qui indique qu’un peu plus de 64% des victimes sont des civils[3].

 

Falloujah : coalition menée par les Etats Unis, milices irakiennes.

Si l’on prend les derniers exemples de rupture presque totale des règles d’engagements d’usage de la force en respect de la Convention de Genève, le constat est terrible. Un de ces sommets fut atteint par les forces armées étasuniennes à Falloujah en 2004. En plus de la violation du chapitre VII de la Charte des Nations Unies en envahissant l’Irak, les Etats Unies ont utilisé le phosphore blanc notamment à Falloujah. L’utilisation de cette arme constitue un crime de guerre, et ce malgré les déclarations du Pentagone qui avait affirmé que l’usage de phosphore blanc était légal[4]. Dans un texte de l’armée de terre étasunienne – « The Battle Book » – il est bien écrit que : « L’utilisation de phosphore blanc contre des personnes est contre les lois de la guerre[5] ». En plus de ce type d’armes, l’armée étasunienne a fait usage de « thermobaric novel explosive ». Ces armes ont une capacité de destruction des infrastructures avec leurs occupants, par un système de « dépression de l’air » un peu comme une mini bombe atomique sans les effets radioactifs[6].

Pour couronner le tout, les munitions à uranium appauvri ont été largement tirées par les soldats étasuniens. Elles ont sans doute encore des conséquences sur les enfants nées aujourd’hui, victimes de graves malformations physiologiques[7].

Sans doute pour éviter les états d’âme, il avait été dit aux marines qu’il n’y avait plus que 500 civils dans la ville, alors que d’autres estimations allaient entre 30 000 et 50 000 dont beaucoup de femmes et d’enfants[8]. Enfin les milices pro-gouvernementales entrainées par les Etats Unis ont été également responsables de graves violations des droits de l’Homme[9].

Il n’est pas étonnant de voir Falloujah entre 2012 et 2016 sous occupation d’une autre terreur : les takfiristes qui se font appelé DAESH. La reprise de la ville par les milices irakiennes en mai 2016 a été à nouveau le théâtre de graves violations de droits de l’Homme[10].

 

Alep   Takfiristes, [Front Fatah al-Cham – branche syrienne d’Al-Qaida – Ahrar al-Sham et le Harakat Nourreddine al-Zenki soutenus par la Turquie et le Qatar, autres obédiences idéologiques + coalition menée par les Etats Unis… / forces syriennes + Hezbollah libanais + les gardiens de la révolution iraniens + les milices kurdes (Unités de protection du peuple, YPG[11]) + soutien Russe…

Les bombardements des forces réunies autour de Bachar al Assad [Russie, Iran, Hezbollah libanais, milices kurdes… ] et ceux des milices réunies autour d’Al Qaida et d’autres idéologiques totalitaires se font encore au détriment du droit international[12]. Alors que les crimes de guerre et les graves violations des droits de l’Homme de la coalition syrienne sont largement médiatisés, celles des milices d’en face soutenues par les pays occidentaux le sont beaucoup moins[13]. Dans un long article Robert Fisk décrit comment les milices armées par les occidentaux se sont servies des civils comme boucliers humains et sont également responsables de tortures et d’exactions contre les populations civiles[14].

 

Mossoul : Takfiristes, milices irakiennes, milices Kurdes, coalition menée par les Etats Unis + Turquie…[15]

L’action des milices irakiennes qui trop souvent agissent sans aucun discernement[16], les bombardements de la coalition derrière les Etats Unis, la terreur des takfiristes font que la situation pour la population de Mossoul n’a pas changé en 2016[17]. Depuis le début de l’année 2017 les mêmes logiques de graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire sont imposées aux populations irakiennes. Les dernières interventions aériennes de la coalition menée par les Etats Unis dont la France, sont responsables de la mort de plus de 50 civils dont des femmes et des enfants[18].

 

Yémen : coalition Arabie Saoudite + Etats Unis + Iran ?

Depuis de longs mois, les possibles crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les graves violations des droits de l’Homme continuent de faire parti du quotidien des civils yéménites. Que ce soit par la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite, ou plus directement par les Etats Unis, le rythme des bombardements ne faiblit[19]. La situation empire pour les populations civiles sous embargo maritime et terrestre de la coalition menée par l’Arabie Saoudite, et dont plus de 14 millions de personnes sont en urgence humanitaire[20].

Sur tous ces terrains d’opérations que l’on soit du coté du régime syrien[21], de la Turquie, des takfiristes, des différents groupes Kurdes, de la coalition saoudienne où de la coalition des étasunienne « droits de l’Homme », les civils vivent un enfer. La complexité géopolitique de la région amène parfois les ennemis d’hier à devenir des alliés passagers pour détruire un tiers, ou l’inverse[22]

Le choix des populations se situe entre la peste et le cholera malgré les faux prétextes des droits de l’Homme, chaque camp répondant à la violence de l’autre par une violence plus grande encore. Cette fameuse montée aux extrêmes dont parle Clausewitz fait le bonheur des marchands de canons[23]. Dans cette logique du chaos, les Etats parties au traité sur le commerce des armes, dont la France, se doivent de repenser leur analyse des articles 6 et 7 afin de créer une rupture dans cette course aux armements, qui annonce la disparition des peuples du Moyen Orient.

Benoît Muracciole

[1] http://www.ohchr.org/Documents/Countries/TR/OHCHR_South-East_TurkeyReport_10March2017.pdf .

[2] . Lire le rapport du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires sur sa mission en Turquie : https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G16/166/88/PDF/G1616688.pdf?OpenElement. Il y a quelque chose finalement qui était assez juste dans les propos du Président Trump qualifiant l’OTAN d’obsolète

[3] https://armerdesarmer.wordpress.com/2015/07/01/apres-la-sortie-du-rapport-des-nations-unies-sur-la-guerre-de-gaza-en-2014-faut-il-suspendre-les-exportations-darmes-vers-israel/

[4] https://www.theguardian.com/world/2005/nov/22/usa.iraq1

[5] Publié par le US Command et General Staff College de Fort Leavenworth, Kansas, 1991.

[6] https://en.wikipedia.org/wiki/Thermobaric_weapon

[7] Int. J. Environ. Res. Public Health 2010, 7(7), 2828-2837; doi :10.3390/ijerph7072828 http://www.mdpi.com/1660-4601/7/7/2828

[8] https://www.theguardian.com/world/2005/nov/22/usa.iraq1

[9] En 2004 : Amnesty International ; IRAK Des atteintes aux droits humains perpétrées de sang-froid par des groupes armés ; Index AI : MDE 14/009/2005 et en 2016 : https://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/article/les-populations-sunnites-sous-la-menace-des-milices-chiites

[10] https://www.hrw.org/news/2017/01/06/integrating-iraqi-fighting-forces-not-enough

[11] http://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Quelles-sont-forces-presence-Alep-2016-12-07-1200808786

[12] ibid.

[13] http://www.amnestyusa.org/news/press-releases/amnesty-report-abductions-torture-and-summary-killings-at-the-hands-of-armed-groups-in-syria , http://www.les-crises.fr/alep-la-douleur-et-la-honte-par-leslie-varenne/

[14] http://www.independent.co.uk/voices/aleppo-falls-to-syrian-regime-bashar-al-assad-rebels-uk-government-more-than-one-story-robert-fisk-a7471576.html

[15] http://www.france24.com/fr/20161017-irak-armee-milices-chiites-coalition-internationale-peshmerga-turquie-iran-mossoul

[16] Amnesty International 2017 ; Iraq: Turning a blind eye the arming of the popular mobilization units. Human Right Watch décembre 2016 : https://www.hrw.org/news/2016/12/18/iraq-executions-government-backed-militia

[17] The Guardian, le 29 décembre 2016 : https://www.theguardian.com/world/2016/dec/29/us-military-mosul-airstrike-civilians-casualties-hospital ; Daily Kos, 2 janvier 2017 : http://www.dailykos.com/story/2017/01/02/1616422/-U-S-Military-Says-Deliberate-Bombing-of-Mosul-Hospital-May-Have-Killed-Civilians ;

[18] Telegraph, 12 mars 2017 : http://www.telegraph.co.uk/news/2017/03/12/just-hours-freedom-mosuls-civilians-die-bombs-liberators/ ; Le Monde, 18 mars 2017 : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/03/18/washington-dement-toute-bavure-dans-le-nord-de-la-syrie_5096749_3218.html?xtmc=mossoul&xtcr=2

[19] https://www.amnesty.org/en/documents/mde14/5386/2017/en/

[20] http://www.unocha.org/yemen

[21] Avec la Russie, l’Iran, le Hezbollah libanais.

[22] https://armerdesarmer.wordpress.com/2016/04/06/la-communaute-internationale-se-nourrit-elle-des-conflits-au-moyen-orient-partie-ii/

[23] René Girard pour « achever Clausewitz. René Girard Achever Clausewitz, Cahiers du nord, 2007





Droits de l’Homme, Paix et Sécurité au Moyen Orient, la valse continue.

29 12 2016

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Malgré les nombreuses informations révélant les grandes quantités d’armes livrées aux antagonistes du conflit syrien[1], tous les pays engagés dans le conflit continuent leurs livraisons. C’est à ce prix que la guerre peut perdurer, aidée en cela par les principaux médias qui tentent – dans une description caricaturale des situations– de mobiliser comme au bon vieux temps du rideau de fer, contre le nouvel axe du mal[2].

Comme toujours il faut choisir son camp. Il y a peu d’espace à l’analyse et à la retenue dans le temps long. Le récit proposé par l’occident, une guerre de religion cette fois, est repris sans arrêt par des « autos-proclamés spécialistes de l’islam ». Nous fonctionnons encore avec des boites de pensées classiques datant du XIX° siècle qu’il s’agit d’ajuster aux nouvelles conditions et non l’inverse. Dans ce vacarme savamment entretenu, il n’est plus possible de discerner. Qui sont les Takfiristes[3], les groupes affiliés à Al Qaeda et ceux dont l’idéologie s’y rapporte ? Où se trouvent les bons, les méchants, la bonne et la mauvaise foi ?

En cela le télégramme diplomatique d’un obscur chargé d’affaire William Roebuck[4] révélé par wikileaks, est une petite merveille[5]. Il décline comment dés 2005, les Etats Unis ont imaginé le « Regime Change » en Syrie, en exacerbant une tension inexistante celle entre sunnites et chiites. Il n’y a pas ici de « complot », simplement des hypothèses et propositions pour avancer une diplomatie étasunienne qui s’inscrit dans une puissance unique et que Zbigniew Brzezinski décrivait comme :

« Ce n’est pas l’accès au pétrole en soit qui compte. On le fera sur le marché global. Cela en fera partie. C’est à propos du contrôle. C’est à propos du contrôle des termes des contrats. A propos du contrôle des quantités qui sont pompées dans des moments différents. C’est à propos du contrôle des prix. C’est à propos du contrôle de cette énergie cruciale. »[6].

L’école « brzezinskienne » des néoconservateurs, qu’ils soient étasuniens, français ou britanniques[7], n’a fait, avec plus ou moins de finesse, qu’appliquer cette vision « McKinderienne » du monde. Où les puissances doivent elles se concentrer pour le contrôler [8] ?

Mais objecterez vous : N’y a-t-il pas quand même une raison morale à condamner les graves violations des droits de la personne, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par les forces gouvernementales syriennes, russes, iraniennes et du Hezbollah ? Comme si ces crimes n’étaient le résultat de l’action que d’une partie engagée dans la guerre ? Comme si l’atrophie de notre pensée nous empêchait de poser la question dans les mêmes termes à propos des actions des groupes armés opposants ?

En effet, qu’elle différence morale entre cet enfant d’Alep tué par l’éclatement d’une bombe russe lancée par un des alliés du régime syrien, et cet autre enfant emporté par une roquette livrée aux groupes liés à Al Qaeda par la coalition occidentale ? Car dans la description de la bataille d’Alep rarement les médias occidentaux se sont attachés avec une telle application à ne donner qu’une version policée de ce drame. Pourquoi « Alep est-elle finalement tombée ? » titrait un article du monde[9].

Les méchants ont écrasé la résistance du bon peuple syrien dans le dernier quartier « libéré » d’Alep. L’histoire pour une fois aurait été simple si les documents ou autres témoignages ne venaient pas à contredire ce conte de fin d’année[10]. L’effet « Rashômon », plus de 60 ans après la sortie du film de Kurosawa, nous rappelle qu’un léger changement dans l’angle du récit peut nous faire comprendre l’inverse de ce que nous venons de croire, parfois avec force.

Non Alep Est n’était pas libérée. La vérité simpliste n’existe pas dans la complexité de l’histoire. La résistance était multiple. Une partie des rebelles présents bombardaient eux aussi les zones civiles des autres quartiers d’Alep, et cette fois avec des armes fournies ou payées par les occidentaux. Les civils qui n’ont pu fuir en ont été empêchés aussi par des groupes d’opposants proches ou membres d’Al Qaeda. Le voile sur cette histoire d’Alep se lèvera avec le temps.

Mais il faut dés maintenant interroger les pays engagés dans cette profusion de graves violations des droits de l’Homme, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité : L’Iran, le Hezbollah, la Russie, le régime syrien et les groupes armés opposants pour l’usage des armes. Mais aussi les pays occidentaux – Allemagne, Etats Unis, France et Grande Bretagne en tête – dans leurs décisions de livrer des armes.

En mars 2016 les britanniques envoyaient des munitions et des mitrailleuses lourdes aux Peshmergas[11]. En juin c’est au tour des français. Nous apprenions par le consulat d’Erbil que la France avait livré du matériel de guerre, dont des munitions de différents calibres, à ces mêmes Peshmergas[12]. Pourtant les Allemands avaient fait en 2014 la douloureuse expérience de voir qu’ils étaient incapables de tracer les armes données (12 000 fusils G3, 8 000 fusils G36, and 8 000 pistolets P1) aux Peshmergas, une partie se retrouvant sur des marchés proches d’Erbil[13].

Mais des membres associés de l’Union européennes ne sont pas en reste non plus, car comme le révèle un rapport du Corruption and Organized Crime» (OCCRP) et du Balkan Network for Investigative Journalism (BIRN). Ce sont en effet des tonnes d’armes légères et de petits calibres (pour plus de 1,2 milliard $ dont sont inclues des munitions), qui ont été livrées à au moins 4 pays de la région, soutiens principaux des groupes opposants au régime de Bachard al Assad. Ces livraisons d’armes furent opérées sous le contrôle de l’administration d’Obama[14].

Pourtant ces pays, parties ou signataires du traité sur le commerce des armes, sont tenus de s’assurer – article 7 du traité – qu’elles ne seront pas utilisées, ou qu’elles ne participeront pas à une grave violation des droits de l’Homme…

Benoît Muracciole

 

 

 

[1] Voir : https://armerdesarmer.wordpress.com/2016/03/25/la-communaute-internationale-se-nourrit-elle-des-conflits-au-moyen-orient-partie-i/ ; https://armerdesarmer.wordpress.com/2016/04/06/la-communaute-internationale-se-nourrit-elle-des-conflits-au-moyen-orient-partie-ii/ ; https://armerdesarmer.wordpress.com/2016/04/19/la-communaute-internationale-se-nourrit-elle-des-conflits-au-moyen-orient-partie-iii/

[2] https://www.les-crises.fr/quand-pour-calvi-retablir-les-faits-sur-alep-ce-serait-risquer-le-revisionnisme/

[3] Qui se font appelé DAESH

[4] Pas si obscure que cela puisqu’il a été nommé Ambasadeur au Bahrein depuis 2015 : https://www.state.gov/r/pa/ei/biog/237201.htm

[5] https://www.les-crises.fr/influencer-les-autorites-syriennes-a-la-fin-de-lannee-2006-par-roebuck/ ;

[6] « It’s not about access to the oil itself. That will be on a global market. It will be part of it. It’s about control. It’s about controlling the terms of those contracts. It’s about controlling amounts that are being pumped at different times. It’s about controlling prices. It’s about controlling that crucial resource ».  Ancien conseiller US « National Security » du Président Carter : https://off-guardian.org/2015/08/01/the-west-the-middle-east-and-oil-a-conspiracy-theory/

[7] Pour ce qui est des principaux pays occidentaux engagé en Irak et en Syrie.

[8] https://armerdesarmer.wordpress.com/2016/04/19/la-communaute-internationale-se-nourrit-elle-des-conflits-au-moyen-orient-partie-iii/

[9] http://www.lemonde.fr/syrie/video/2016/12/17/pourquoi-alep-est-elle-finalement-tombee_5050561_1618247.html

[10] https://www.les-crises.fr/il-y-a-plus-dune-verite-a-raconter-dans-la-terrible-histoire-dalep-the-independent/ ; http://www.independent.co.uk/voices/no-more-arab-revolutions-a7492591.html ; https://www.les-crises.fr/livraisons-darmes-americaines-aux-rebelles-fruit-dune-volonte-de-pourrir-encore-la-situation-par-frederic-pichon/

[11] http://aranews.net/2016/09/uk-supplying-ammunition-heavy-weapons-kurdish-peshmerga-forces-fight-isis/

[12] http://www.opex360.com/2016/06/17/la-france-livre-armes-munitions-aux-combattants-du-kurdistan-irakien/ ; http://www.ambafrance-iq.org/Communique-de-presse-du-Consulat-general-de-France-a-Erbil

[13] https://www.thelocal.de/20160122/kurds-selling-german-delivered-guns-on-black-market , http://europe.newsweek.com/why-have-kurds-supplied-isis-weapons-452673?rm=eu

[14] les armes venaient de Bosnie, Bulgarie, Croatie,  République Tchèque, Montenegro, Slovaquie, Serbie, Roumanie et Ukraine. Les pays soutiens vont de l’Arabie Saoudite, à la Turquie, en passant par la Jordanie et les Émirats Arabes Unis : https://www.occrp.org/en/makingakilling/ et
/http://journal-neo.org/2016/12/16/aleppo-starts-uncovering-washingtons-evil-designs/