LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE JUSTIN TRUDEAU

11 05 2020

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Nous publions cette lettre des femmes prix Nobel de la Paix au Premier Ministre Trudeau en ajoutant que la suspension des ventes d’armes pour ces pays, dont la France, c’est respecter le traité sur le commerce des armes et leurs engagements internationaux

LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE JUSTIN TRUDEAU

1er mai 2020

Le très honorable Justin Trudeau, C.P., député

Premier Ministre

Bureau du Premier ministre 80 Wellington Street

Ottawa, ON K1A 0A2

Cher Premier ministre Justin Trudeau,

En tant que lauréates du prix Nobel de la paix, nous sommes profondément préoccupés par la levée par le Canada de son moratoire sur les exportations militaires vers l’Arabie saoudite. Bien que nous applaudissions la récente décision du Canada de prolonger indéfiniment son interdiction sur les nouvelles exportations d’armes vers la Turquie, une interdiction similaire doit rester en place pour l’Arabie saoudite.

L’Arabie Saoudite détient l’un des pires bilans au monde en matière de droits de l’homme. Elle est également un acteur de premier plan dans le conflit prolongé au Yémen, qui a entraîné la pire crise humanitaire au monde. Des milliers de civils ont été tués et blessés, et des dizaines de millions de personnes vivent dans l’insécurité alimentaire et sont au bord de la famine.

La reprise des ventes d’armes pendant une pandémie mondiale – ou à tout moment – ne reflète pas positivement le leadership féministe du Canada. Au contraire, elle met encore plus en danger les civils ordinaires en Arabie saoudite et au Yémen, en particulier les femmes.

Le 8 avril, l’Arabie Saoudite a déclaré un cessez-le-feu de deux semaines au Yémen. Le lendemain, en pleine pandémie mondiale et alors que le Yémen annonçait son premier cas de COVID-19, le Canada a annoncé qu’il lèverait son interdiction sur les équipements militaires à Riyad – et reprendrait ses exportations de véhicules blindés légers vers l’Arabie Saoudite. Cela contredit le soutien de votre gouvernement à l’appel du Secrétaire général des Nations unies en faveur d’un cessez-le-feu mondial.

Le Canada ne peut pas se dire un leader mondial pour la paix tout en fournissant des armes de guerre.

Nous croyons fermement qu’au lieu d’armer l’Arabie saoudite, le Canada devrait se concentrer sur le cessez-le-feu et sa fenêtre de paix très étroite, en investissant des ressources et une expertise diplomatique dans un processus inclusif pour apporter du secours et une paix durable au Yémen.

Nous demandons au Canada de respecter son propre engagement à « mettre un terme aux conflits armés » en rétablissant immédiatement le gel de toutes les exportations militaires vers l’Arabie saoudite et en mettant fin à la vente d’armes, en demandant à toutes les parties belligérantes de respecter l’appel des Nations unies à un cessez-le-feu mondial, en assurant la sécurité des femmes qui réclament la paix [et] en travaillant à maintenir les processus de paix en vie et à construire la paix pendant cette pandémie mondiale.

Votre gouvernement avait, à juste titre, suspendu la vente d’équipements militaires à l’Arabie Saoudite suite à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul en 2018. Malheureusement, la situation des droits de l’homme en Arabie Saoudite n’a pas changé.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués,

Tawakkol Karman, Prix Nobel de la paix (2011) – Yémen

Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix (2003) – Iran

Leymah Gbowee, Prix Nobel de la paix (2011) – Liberia

Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix, (1976) – Irlande du Nord

Rigoberta Menchú Tum, prix Nobel de la paix (1992) – Guatemala

Jody Williams, Prix Nobel de la paix (1997) – États-Unis d’Amérique

Actions juridiques





Droits de l’Homme, Coronavirus et crimes de guerre au Yémen

17 04 2020

Depuis le début de la crise du Covid 19, nous assistons à de nombreuses prises de conscience quant à la désorganisation de la planète dans des domaines stratégiques qui vont de l’économie, à la santé en passant par l’écologie. De l’économie reine érigée en veau d’or sous l’impulsion d’un Occident triomphant où des inégalités jamais encore enregistrées devenaient la norme, nous sommes passés en un claquement de doigt à une critique des « excès » du système capitaliste, voire de sa nature. Certains de ceux qui avaient démantelé avec application l’organisation de santé universelle depuis plus de 40 ans, avec l’aide appliquée de technocrates formés pour l’exercice, reconnaissent aujourd’hui le besoin de remettre la sécurité sociale au centre de la stratégie nationale comme le général de Gaulle l’avait déclaré en 1942…

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Droits-lHomme-Coronavirus-crimes-guerre-Yemen-2020-04-17-1201089882





Tout est lié ! Arrêter les ventes d’armes illégales c’est préserver notre Humanité

20 03 2020

Photo rapport Mwatana 2020

A l’heure où la situation sanitaire mondiale rentre dans une nouvelle phase d’urgence, il est important de rappeler que, à la suite de l’épidémie du SRAS de 2003 qui a touché la Chine, le sud-est asiatique et le Canada, les financements de la recherche sur les coronavirus qui avaient été lancées avec le soutien de l’Union européenne, ont diminué durant les années suivantes lorsque la communauté internationale constata que l’épidémie restait circonscrite à quelques pays[1]. La recherche ne semblait plus pertinente ni rentable et la crise de 2008 a eu raison des dernières résistances des chercheurs lanceurs d’alerte…

Une décision politique dont on a le sentiment que les principaux médias ont sagement relayé ce constat que les États n’avaient pas les moyens de financer une recherche médicale sans fin[2].

Le bon sens aurait pu alerter les autorités françaises et mettre en avant le principe de précaution face aux risques pandémiques ainsi que le respect des droits fondamentaux comme les droits économiques, sociaux et culturels.

Au lieu de cela et au détriment des budgets pour la recherche fondamentale, les gouvernements de l’Union européenne ont décidé, dès 2014, de financer la recherche sur les armes et les technologies militaires[3]. Commençant modestement à 1,5 millions d’euro, le financement prend son envol pour les années 2017-2020 à près de 3,6 milliards d’euro.  Le budget prévisionnel pour la période 2020-2027 dépasse les 48 milliards d’euro…

Dans le même temps les gouvernements français justifiaient, notamment, leurs ventes d‘armes aux pays de la coalition en guerre au Yémen comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis comme un pourvoyeur d’emploi pour la France[4]…. Une guerre dont le dramatique bilan, avec ses crimes de guerre et ses plus de 230 000 morts, n’arrête pas de croître. Les attaques contre le système de santé apparaissent comme répétées et méthodiques[5].

Il n’en a rien été et les gouvernements successifs continuent leurs courses folles de donneurs de leçons irresponsables peu enclin à l’apprentissage.

Essayons de terminer par une bonne nouvelle, « grâce » à l’épidémie du coronavirus les exportations d’armes sont suspendues pour cause d’absence de douaniers ! Faisons en sorte que cette suspension s’inscrive dans le temps. Sans armes – dont les munitions – les solutions politiques ont plus de chance de convaincre les parties au conflit.

Demandons un débat d’urgence sur les ventes d’armes de notre pays !

 

[1]https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/coronavirus-le-temps-perdu-de-la-recherche-depuis-le-sras_142112 ; https://universiteouverte.org/2020/03/04/coronavirus-la-science-ne-marche-pas-dans-lurgence/

[2] https://www.franceinter.fr/monde/au-fait-comment-s-est-terminee-l-epidemie-de-sras-en-2003 Selon les estimations de l’OMS, l’épidémie de SRAS aurait coûté quelque 41 milliards d’euros. Un chiffre qui inclut la chute des revenus touristiques (-80% en Chine), ainsi qu’un manque à gagner de l’ordre de 50% pour les compagnies aériennes, les restaurants, les agences de tourisme et les chauffeurs de taxis.

[3] http://enaat.org/wp-content/uploads/2019/05/ENAAT-Defence-Fund-flyer-FR.pdf

[4] https://www.challenges.fr/finance-et-marche/france-30-000-emplois-nouveaux-grace-aux-ventes-d-armes-le-drian_93689

[5] Rapport ONG Mwatana & Physicians for Human Rights mars 2020 : https://mwatana.org/en/i-ripped-iv-out-of-my-arm/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=-i-ripped-the-iv-out-and-started-running-attacks-on-health-care-in-yemen_45

It’s all connected! Stopping the sale of illegal arms is to preserve our humanity…

As the global health situation enters a new emergency phase, it is important to recall that following the 2003 SARS outbreak in China, South-East Asia and Canada, funding for coronavirus research, which had been initiated with the support of the European Union, declined in the following years when the international community realized that the epidemic remained confined to a few countries. Research no longer seemed to be relevant or cost-effective and the crisis of 2008 overcame the latest resistance from whistleblower researchers .
A political decision which one has the feeling that the main media wisely relayed the observation that the States did not have the means to finance endless medical research.

Common sense could have alerted the French authorities and highlighted the precautionary principle in the face of pandemic risks as well as respect for fundamental rights such as economic, social and cultural rights.

Instead, and to the detriment of budgets for basic research, the governments of the European Union have decided, as of 2014, to fund research on weapons and military technologies. Starting modestly at EUR 1.5 million, funding for the years 2017-2020 will take off at almost EUR 3.6 billion. The provisional budget for the period 2020-2027 exceeds 48 billion euros .

At the same time, French governments justified, among other things, their arms sales to the coalition countries at war with Yemen such as Saudi Arabia, Egypt, the United Arab Emirates as a source of employment for France … A war whose dramatic toll, with its war crimes and more than 230,000 deaths, continues to grow. Attacks on the health system appear to be repeated and methodical .

This has not been the case and successive governments continue their mad rush of irresponsible, unprincipled lesson-givers.

Let’s try to end with some good news, « thanks » to the coronavirus epidemic arms exports are suspended because of the absence of customs officers! Let’s make this suspension sustainable. Without weapons – including ammunition – political solutions have a better chance of convincing the parties to the conflict.
Let us call for an urgent debate on our country’s arms sales!

 





Fête de l’Huma : Ventes d’armes il faut stopper la France !!!!

13 09 2019

 

SAMEDI 18 H

ENTRETIEN : Benoît Muracciole, président d’Action Sécurité Éthiques Républicaines, auteur de Quelles frontières pour les armes ?, Edition Pedone.





Ensemble stoppons les ventes d’armes françaises vers les pays en guerre au Yémen

13 09 2019

Action Sécurité Ethique Républicaines (ASER) est une ONG de défense des droits de l’Homme actuellement engagée dans un combat juridique contre le gouvernement français co-responsable de crimes de guerre au Yémen: + de 200 000 morts dont 85 000 enfants de moins de 5 ans depuis mars 2015.

Alors que la France a ratifié en 2014 le Traité sur le Commerce des Armes elle a déjà transféré pour prés de 3 milliards €  de matériels de guerre aux pays de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis responsables de graves violations des droits de l’Homme, de crimes de guerre voire de crimes contre l’humanité au Yémen.

C’est pourquoi ASER a saisit le tribunal administratif le 07 mai 2018 pour demander la suspension des ventes d’armes françaises vers les pays de la coalition en guerre au Yémen.

Le 25 juin 2019, les juges rejettent notre demande tout en se considérant compétents pour juger des exportations d’armes de la France. C’est pour ASER une première victoire mais les juges refusent pourtant l’application directe du Traité. Cette décision va à l’encontre de l’art.55 de la Constitution française selon lequel les traités ont une valeur supérieure aux lois nationales.

C’est ainsi que le 8 septembre 2019 ASER ont fait appel du jugement devant la cour administrative d’appel de Paris & la cour de justice de l’Union européenne.

Le gouvernement français doit répondre devant la justice de ses violations et stopper ses ventes d’armes vers les pays de la coalition. Nous avons besoin de vous pour supporter les frais de justice.

Soutenez-nous : faites un don !

https://www.cotizup.com/stoparmesyemen

Pour plus d’informations : https://aser-asso.org/





ACTION SECURITE ETHIQUE REPUBLICAINES introduit une procédure d’urgence pour stopper les ventes d’armes françaises qui participent aux crimes de guerre au Yémen

6 05 2019

EMMBS

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Ce jour, le 6 mai 2019, ACTION SECURITE ETHIQUE REPUBLICAINES (ASER) a introduit une procédure en référé dans le cadre de son recours devant le tribunal administratif de Paris. ASER demande la suspension des transferts d’armes vers les pays de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, responsables de crimes de guerre, voir de crimes contre l’humanité, au Yémen.

La récente publication du média indépendant Disclose qui apporte la preuve que le gouvernement français était informé de l’utilisation au Yémen des armes françaises vendues à la coalition, nous a persuadé de l’urgence de ce référé.

La ministre des Armées a continué à nier les faits devant le Sénat le 30 avril dernier en justifiant le  maintien des ventes d’armes pour lutter contre Al Qaeda. Nous rappelons à  Florence Parly que ASER a informé la Présidence depuis 2016 que la guerre  renforçait notamment Al Qaeda dans la Péninsule arabique[1]. Le refus répété de créer une commission d’enquête parlementaire renforce pour ASER notre démarche juridique.

Cette urgence est également confirmée par la situation humanitaire qui s’aggrave au Yémen. Un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) évalue le nombre de mort à plus de 230 000 pour la fin 2019 dont plus de 140 000 enfants de moins de 5 ans si le conflit continue avec une telle intensité[2].

C’est aussi à partir de ces dernières informations que le sénat étasunien a voté, le jeudi 2 mai, pour la 3èmefois contre le soutien militaire de son gouvernement à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis par 53 voix pour et 45 contre. Ceci, malgré l’annonce par le Président Trump du retrait des Etats Unis du traité sur le commerce des armes (TCA).

 

ASER a le statut consultatif  spécial ECOSOC aux Nations unies

ASER est membre du RAIAL

[1]D’après le département d’Etat étasunien rapport 2016, https://www.apnews.com/f38788a561d74ca78c77cb43612d50da

[2]http://www.arabstates.undp.org/content/rbas/en/home/library/crisis-response0/assessing-the-impact-of-war-on-development-in-yemen-.html

Contacts : http://aser-asso.org

Pour demandes d’interview ou participation à une émission sur la question des armes : Benoît Muracciole : +337 72 33 40 45





La communauté internationale se nourrit elle des conflits au Moyen Orient Partie I ?

25 03 2016
Rafale - copie

©Benoît Muracciole

Introduction

Les informations rassemblées, et à partir desquelles se fondent les analyses à venir, sont basées sur des sources ouvertes. Il est important de le noter et indique donc que ces sources sont aussi accessibles aux gouvernements. Les Etats sont donc face à leurs responsabilités devant le droit international en matières de transferts d’armes (due diligence), dont notamment le traité sur le commerce des armes et les accords régionaux juridiquement contraignants. Même si toutes les sources se doivent d’être soumises à la question légitime de leur authenticité, il est aujourd’hui plus que difficile pour un gouvernement de déclarer « qu’il ne savait pas » quant au risques d’usage des armes qu’il a transféré.

Quels gains économiques avec ce commerce des armes ?

Dans les précédents billets nous avions relevé un certain nombre de transferts d’armes (qui considère les ventes, les dons, les prêts…) en direction des différents acteurs engagés au Moyen Orient[1]. Les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies plus l’UE européenne, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Iran, Israël, le Qatar et la Turquie sont les principaux exportateurs / importateurs de ces armes. Depuis le début de la guerre en Syrie, les armes continuent d’arriver dans les mains de tous les camps engagés (utilisateurs finaux) soit directement, soit indirectement (réexportation ou diversion).

Les sommes réelles sont difficiles à identifier d’abord parce que les Etats exportateurs – pourtant engagés dans des accords politiques et/ou juridiquement contraignants régionaux (Arrangement de Wassenaar, OSCE, Position commune de l’UE) ou internationaux (Traité sur le commerce des armes, registre des Nations Unies) – ne souhaitent pas une véritable transparence dans ce domaine. Dans la production de rapports sur les transferts d’armes, nous devons comparer des chiffres qui se réfèrent à des poireaux pour les uns et des carottes pour les autres. Ils sont souvent volontairement illisibles noyant l’information dans une multitude de chiffres. Dans cette foire, la France est un des rares pays qui publie les livraisons, mais elle en exclut un certain nombre comme une partie du matériel de sécurité et de police, les explosifs ainsi que les biens à doubles usages.

 

Toutes les arguties sont bonnes pour justifier cette semi opacité, ou semi transparence, en matière de transferts d’armes, mais essayons d’y voir un peu clair dans les chiffres donnés :

Le gouvernement français aurait livré, entre 1995 et 2014 près de 30 milliards € d’armes au Moyen Orient[2]. Mais est ce véritablement un gain de 30 milliards € ?

Quelques un de ces contrats ont ruiné une partie de l’économie de défense française. La vente en 1993 des chars Leclercs aux Emirats Arabes Unis avait déjà coûté plus d’un milliard et trois cent millions d’euro en 2002[3]. L’entreprise nationale GIAT, productrice du char, avait du être recapitalisée par l’Etat pour plus de 5 milliards €[4]. Pour les vedettes vendues à l’Arabie Saoudite en 1994, Sawari I et II, elles ont alimenté pour quelques millions de francs, les caisses des partis politiques[5]. Les Rafales vendus à l’Egypte  seront peut être payés par le contribuable français[6], quant à ceux vendus au Qatar, ils vont au moins coûter quelques millions € à Air France[7].

Pour résumer, une industrie de l’armement coûte cher aux citoyens français, mais fait gagner beaucoup d’argent aux industriels[8]. C’est encore plus évident lorsque l’on reprend l’exemple de la cour des comptes sur le chiffre d’affaires total des industries de défense françaises en 2006. Il est de 15 milliards €[9] alors que les exportations d’armes de la France étaient, pour la même époque, de 4,33 milliards €[10]. Il a y donc une charge de 10,67 milliards € pour le budget de l’Etat et de fait, pour les citoyens français.

Le gouvernement britannique ne communique pas sur ses livraisons mais sur les licences accordées. Pour l’Arabe Saoudite elle en a déclaré, pour 2013 et 2014, respectivement 1 938 435 414€ et 82 708 054€. Ce pays traine également quelques contrats de corruptions massives dont le contrat Al Yamamah[11]. Pour un contrat de plus de 42 milliards £, des dizaines, voire des centaines de millions se sont envolés dans les poches d’intermédiaires plus ou moins sulfureux, jusqu’au fils de Margaret Thatcher[12]

Le gouvernement de Russie n’est pas en reste et cette région constitue, comme pour les précédents pays, sa première zone d’exportation avec 4 ? 5 ? 6 ? milliards $. La Russie continue de livrer son armement au régime de Bachard al Assad, discute avec les saoudiens et semble même s’ouvrir un nouveau marché avec un pays comme Bahreïn[13].

En Allemagne, le ministre de l’économie Sigmar Gabriel déclarait en janvier que son pays devait revoir sa politique d’exportation en direction de l’Arabie Saoudite[14]. Mais le gouvernement allemand a du se rendre compte de la difficulté de la mise pratique de cette déclaration. En effet il vient d’approuver la vente, pour 500 millions€, de 23 hélicoptères de type H 145 en direction de l’Arabie Saoudite[15]. De toute façon une bonne partie du matériel de guerre français est déjà largement équipé avec du matériel de guerre allemand. L’argent du court terme semble avoir eu raison de la volonté politique !

Quant à la Chine, même si elle exporte du matériel de guerre dans la région, sans doute des munitions[16], il est difficile d’en apprécier les quantités. Les assertions du SIPRI – largement repris par la presse sans analyse aucune – et autres déclarations d’officiels occidentaux ressemblent plus à une estimation au doigt mouillé des exportations de ce pays, plutôt qu’au résultat d’une recherche véritable.

Le gouvernement israélien distribue des armes à l’opposition syrienne sans que l’on puisse en chiffrer le nombre[17]. D’après le rapport israélien sur l’année 2014, les exportations au Moyen Orient seraient aux environs de 323 millions $[18].

Le gouvernement Turc laisse transiter des armes en direction de l’opposition au régime de Bachard al Assad, dont al Qaeda et les Takfiristes de Syrie et d’Irak, sans que l’on sache s’il en tire un gain financier direct[19]. Il semble aussi que le gaz utilisé à Ghouta soit passé par la Turquie et ait été livré aux rebelles[20].

Les gouvernements des pays du golfe, principalement l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis font de la réexportation d’armes[21]. En cela ils sont tenus de demander l’autorisation des pays exportateurs, le font-ils réellement, notamment en ce qui concerne les missiles sol air (Manpads).

Mais le plus gros exportateur d’armes reste les Etats Unis. En 2014, le gouvernement des Etats Unis a annoncé au Congrès plus de plus de 47 milliards $ de transferts d’armes pour l’Arabe Saoudite[22], plus que la France en 20 ans. L’annonce est claire pour ces deux Etats, ils se tiennent par la barbichette et si l’un des deux lâche, l’autre sombre. L’industrie de l’armement étasunienne, qui a besoin de commandes pour ses mirifiques profits, l’Arabie Saoudite qui doit montrer qu’elle a des alliés notamment pour contenir ses tensions intérieures.

En plus de cela le gouvernement des Etats Unis déclare livrer pour 1 milliards $ d’armes / an aux groupes armés anti Bachard. Celui-ci pourrait donner l’impression de gagner de l’argent grâce à ces ventes gigantesques, mais c’est une goutte d’eau si l’on reprend les plus de 3 000 milliards $ – évaluation du prix Nobel de l’économie Joseph Stiglitz faite en 2010[23] – dépensés pour la seule guerre en Irak.

Au moins un pays de l’Union européenne a changé sa politique d’exportation en direction de l’Arabie Saoudite, il s’agit de la Suède. La ministre des affaires étrangères Margot Wallström a déclaré suspendre toutes les exportations d’armes pour des raisons de non respect des droits de l’Homme[24]. Même si le gouvernement suédois – avec 115 573 272€ d’autorisation de licences d’exportation en 2013 pour l’Arabie Saoudite[25] – n’était pas le plus gros vendeur de la région, il propose une lecture intéressante du préambule du traité sur le commerce des armes auquel il est Partie et qui précise :

« Sachant que la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme sont des piliers du   système des Nations Unies et le fondement de la sécurité collective, et reconnaissant que le   développement, la paix et la sécurité, ainsi que les droits de l’homme sont interdépendants et se     renforcent mutuellement, »  

On peut penser qu’il y a là un lien avec ce paragraphe, mais il n’est pas certain que la déclaration de la ministre des affaires étrangères suédoise ait intégré toute la dimension stratégique qu’offre le traité sur le commerce des armes. La dramatique incapacité des Etats à penser l’assèchement du conflit, particulièrement avec la suspension des exportations d’armes, est le signe le plus frappant d’un attachement pathologique à la Realpolitik, à l’origine même de ces guerres.

Benoît Muracciole

[1] Qui comprend les territoires de l’Arabie Saoudite, du Bahreïn, d’Egypte, des Emirats Arabes Unis, d’Irak, d’Israël, de Jordanie, du Koweït, du Liban, du Qatar, d’Oman, de Syrie et du Yémen.

[2] Rapports des exportation d’armes de la France au Parlement : https://armerdesarmer.wordpress.com/rapports-au-parlement-sur-exportations-francaises-darmes/

[3] Les exportations d’armes classiques en Orient, Benoît Muracciole ; Les Cahiers de l’Orient n°106, printemps 2012 ; http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i0474.asp#P567_42986 et le rapport de la cour des compte 2009 : Les industries d’armement de l’État, B – GIAT Industries, un redressement coûteux pour un rôle futur à préciser .

[4] Valeur 2008

[5] Voir livre Jean Guisnel : Armes de corruption massives, la découverte ; 2011

[6] https://armerdesarmer.wordpress.com/?s=Egypte+rafale note (15)

[7] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/05/04/la-vente-de-rafale-profite-a-qatar-airways_4626755_3234.html#QBhjMtUQu86yFWuc.99 ;

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/vente-de-rafale-un-deal-entre-la-france-et-qatar-airways-non-dit-hollande-473759.html

[8] http://www.janes.com/article/49809/saudi-arabia-replaces-india-as-largest-defence-market-for-us

[9] Rapport de la cour des compte 2009 : Les industries d’armement de l’État, I – Le nouveau contexte page 688

[10] https://armerdesarmer.files.wordpress.com/2011/12/rapport-france-export-2006.pdf ; page 44 et avec le décompte par régions page 51

[11] Ibid.

[12] http://www.independent.co.uk/news/mark-thatcher-accused-sources-say-he-got-12m-pounds-from-arms-deal-signed-by-his-mother-1441851.html

[13] http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2015/08/russian-arms-supply-middle-east.html#ixzz40LWjuBEf

[14] https://www.rt.com/news/327970-germany-arms-saudi-arabia/

[15] http://www.reuters.com/article/us-germany-arms-exports-idUSKCN0WG1BH ; http://www.ladepeche.fr/article/2015/06/24/2131240-airbus-helicopters-va-vendre-23-appareils-a-l-arabie-saoudite.html

[16] Small Arms Survey a pu tracer en Syrie des munitions fabriquées entre 1964 et 2011 : http://www.smallarmssurvey.org/fileadmin/docs/F-Working-papers/SAS-WP18-Syria-Headstamp-Trail.pdf

[17] http://www.haaretz.com/israel-news/1.665113 ; http://www.middleeasteye.net/news/report-leaked-documents-show-israel-tried-sell-weapons-syria-oppositon-1500586222

[18] http://www.defensenews.com/story/defense/policy-budget/industry/2015/05/21/israel-defense-exports-plunge-to-seven-year-low/27728387/

[19] http://www.globalresearch.ca/is-turkey-collaborating-with-the-islamic-state-isis/5491516 , http://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-turkey-arms-idUSKBN0O61L220150521 , http://www.lrb.co.uk/v38/n01/seymour-m-hersh/military-to-military

[20] Voir « The Red Line and the Rat Line »   de Seymour Hersh ; avril 2014 : http://www.lrb.co.uk/v36/n08/seymour-m-hersh/the-red-line-and-the-rat-line

[21] http://www.lrb.co.uk/v38/n01/seymour-m-hersh/military-to-military

[22] P 28 : https://www.fas.org/sgp/crs/mideast/RL33533.pdf

[23] The Three Trillion Dollar War de Joseph Stiglitz et Linda Bilmes, 2008, Ed W. W. Norton : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/09/03/AR2010090302200.html

[24] http://www.france24.com/fr/20150311-suede-cooperation-militaire-arabie-saoudite-armes-exportations-droits-homme

[25] Rapport COARM UE : https://armerdesarmer.wordpress.com/rapports-coarm/