La génération du 24 mars, pour créer un nouveau paradigme sur le contrôle des armes aux Etats Unis ?

28 03 2018

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Depuis des années et le passage en en 1993 de la loi Brady , de nombreux analystes assenaient le constat qu’il n’y avait pas d’espoir de voir la question du contrôle de la vente et du port d’armes avancer aux Etats Unis.
L’interprétation du second amendement que la National Rifle Association (NRA) et ses affiliés, notamment l’industrie étasunienne des armes à feu, diffusaient avec force et millions de $, affirmait que le droit de tout individu de porter une arme ne pouvait être enfreint. Cette alliance pro armes bloquait toute avancée dans la protection du premier des droits de l’Homme : le droit à la vie.

En plus de cette interprétation du second amendement, il était communément convenu qu’un Président qui défendait la régulation de la vente et du port d’armes ne pouvait être élu dans ce pays à cause à l’influence déterminante de la NRA dans les élections. Pourtant la réélection de Bill Clinton en 1997 en est de ce point de vue un des plus récents démenti. En effet, en 1994 il fait une loi qui interdit à la vente les fusils d’assauts et il est largement réélu en 1997 .
Barak Obama en a été lui aussi un contre exemple. S’il n’a pas été actif et efficace dans le contrôle de la vente et du port d’armes , on ne peut pas dire qu’il ait été un grand soutien de la NRA et autres mouvements pro armes.
Enfin expliquer l’élection de Donald Trump, qui a reçu 50 millions $ pour sa campagne présidentielle pour un budget évalué à environ 957,6 millions$, est un déni de la réalité sociologique et politique étasunienne du moment. La faillite du projet démocrate représenté par Hilary Clinton semble un argument plus sérieux que de nombreuses analyses reconnaissent aujourd’hui .

Mais le dépassement du million de manifestants du 24 mars 2018 n’a pas émergé d’un temps sans histoire, il s’inscrit dans une longue lutte menée par des ONG . Celles-ci avaient obtenu des avancées sur l’achat et / ou le port d’armes, avec des mesures plus ou moins strictes, dans 33 Etats ainsi que dans le district de Colombia . L’espoir que nous avons gardé de voir une régulation avancer dans ce pays, était plutôt guidé au moins par trois éléments importants :

D’abord, parce que l’interprétation du second amendement qu’avaient retenue les deux premières décisions de la cour suprême de ce pays en 1938 et 1980 assurait le droit de garder et porter les armes dans le but de maintenir une milice bien réglementée . Elles avaient précisé que ce droit devait s’exercer par un Etat. Cette milice est aujourd’hui représentée aux Etats Unis par la garde nationale . Il n’était pas donc pas question de permettre aux citoyens de porter librement des armes. C’est ce que le juge Stevens, ancien juge de la cour suprême des Etat Unis, a réaffirmé dans le New York times du 27 mars 2018 .

Ensuite parce que la marque des Etats Unis est sa grande diversité culturelle. Les Etats Unis sont une terre d’immigration et depuis peu, cette immigration porte plutôt en elle une vision progressiste sur la question du contrôle des armes. Les principaux pays d’origines des immigrants, que sont l’Inde et la Chine , ont mis en place des lois très restrictives en ce qui concerne la vente et le port des armes à feu .
Quant aux personnes venant d’Amérique latine , qui représentent la troisième communauté arrivante, elles ont le plus souvent dû fuir leur pays non seulement à cause de la pauvreté, mais aussi de violence armée à laquelle elles ont été confrontées. L’origines de cette violence est multiple : celle des représentants de la force publique (militaires, paramilitaires, forces de l’ordre…), celles des groupes révolutionnaires armés, ou encore celle des gangs ou groupes criminels largement implantés dans ces régions. Même si une petite partie de cette émigration, poussée par ces mêmes questions de pauvreté et de violence, rejoint d’autres gangs sur leurs nouveaux territoires , la grande majorité garde en elle le souvenir proche de la terreur que l’absence du contrôle des armes leur a fait vivre.

Enfin parce que la dérégulation dans le contrôle des ventes d’armes à causé aux Etats Unis plus de morts que tous les conflits auxquels ce pays a participé. En effet entre 1968 et 2015 il y a eu plus d’un million cinq cent mille morts, victimes d’un tir d’arme à feu . Pour 2016 et 2017, une analyse des données officielles par Brady Campaign a réuni le chiffre d’environ 30 000 morts par armes à feu pour ces deux années . Ce qui signifie que depuis le 11 septembre 2001 il y a eu plus de 540 000 morts par armes à feu au Etats Unis. Al Qaïda et autres groupes responsables d’actes de terrorismes n’ont qu’à bien se tenir …
Mais ces chiffres ne suffisent pas à décrire l’état de terreur que peuvent connaître des familles entières selon qu’elles vivent dans tel ou tel quartier de New York à Los Angeles en passant par Detroit, Chicago, San Francisco ou Denver. Car si ce sont plus de 100 000 personnes qui sont victimes chaque année de la violence des armes à feu, ils sont des millions à vivre quotidiennement sous la menace de cette même violence .

Il est bien entendu trop tôt pour annoncer une date qui verra ce changement de paradigme se traduire par une loi, mais déjà un certain nombre de sociétés l’ont bien compris et ont commencé à se désengager de leurs liens avec la NRA .
Le temps des Humains a besoin d’être long pour s ‘inscrire dans les mentalités et peut être plus encore pour qu’il se transforme en un vote d’une réglementation stricte du port d’armes comme il y en a en Europe. Mais nul ne connaît aujourd’hui les limites de ce mouvement, car comme l’a déclaré Emma Gonzales, une des jeunes étudiante du Marjory Stoneman Douglas High School de Floride : « Nous ne sommes pas ici pour des miettes, nous sommes ici pour un vrai changement ».

Hugues Leenhardt ASER
Benoît Muracciole Président ASER

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Journée pluvieuse pour le Traité sur le commerce des armes

15 02 2012

De gauche droite : Amanda Campese, Suzan Waltz, Oscar Arias, Eduardo Ulibarri qui préside le panel, Bob Mtonga, David Ives. Photo Benoît Muracciole

Journée qui s’annonçait plutôt sous de bons augure avec la Saint Valentin et des autocollants «  J’aime le Traité sur le commerce des armes » distribués aux délégués à l’entrée de la salle de négociations…

Par contre le texte était en anglais car comme trop souvent, la campagne Contrôlez les armes n’a pas eu le temps de les traduire dans les autres langues. Même pas celles de l’ONU à savoir : Anglais, Arabe, Chinois, Espagnol, Français et Russe. Faut dire que c’est compliqué de vouloir tout traduire pour s’adresser au monde alors que le monde n’a qu’à faire l’effort de parler l’anglais…

Mais dans la salle et avec la traduction, les délégués continuent de s’affronter sur la question du consensus, mais là au moins, cela se fait dans les 6 langues officielles des Nations unies. Je dirais même plus, aujourd’hui ça coince !

Malgré un grand déséquilibre entre les pour et les contre, personne n’avait trouvé de solution lorsque le Président a levé la séance. Le même petit groupe, principalement une partie des Etats du groupe Arabe + la Chine et la Russie  veut une application fermée du le consensus. Alors que pour l’immense majorité des Etats, et pour reprendre l’expression de quelques uns d’entre eux ; il n’y rien de convenu tant que tout n’est pas convenu, en d’autre terme le seul moment où la question du consensus sera posée sera pour la négociation finale de l’ensemble du texte à la fin de la conférence de juillet.

Journée laborieuse donc, même si dans leur dernière déclaration les Egyptiens, toujours au nom du groupe arabe, ont laissé entrevoir quelques avancées possible. Une autre rencontre devait se tenir dans la foulée entre « les pour et les contre », peut être en saurons nous plus demain. Bien entendu, il se joue là  pour les Etats sceptiques un peu plus que la question du consensus.  Demain nous donnera donc, je l’espère, quelques indications sur l’état des rapports de forces exprimés en plénière. Mais c’est aussi un test sérieux sur la capacité du Président Moritan à permettre à tous de sortir la tête haute de l’exercice, sans perdre la dynamique de ces dernières années.  Première épreuve de l’année 2012 pour le TCA, cela pourrait être problématique si l’on ne sortait pas de ce blocage, car il pourrait affaiblir le démarrage des négociations en juillet prochain.

Enfin heureusement entre la session du matin et celle de l’après midi, les prix Nobel de la Paix : Amnesty International, Oscar Arias  et sa Fondation, l’Albert Schweitzer Institute et l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW) organisaient un événement pour redonner un peu de couleur sur les joues pâles des nombreux délégués présents[1].

Oscar Arias,  fut deux fois Président de la République du Costa Rica[2] et qui reçut le Nobel de la Paix en 1987 pour avoir facilité la résolution du conflit entre le Guatemala, El Salvador, Honduras, and Nicaragua. Sa présence était d’autant plus justifiée qu’il fut également présent dans le lancement de l’initiative des Nobel de la Paix[3] avec Rigoberta Menchu, Amnesty International,  Albert Schweizer Institute, IPPNW, le Dalaï Lama, Desmond Tutu, Ellie Wiesel. Oscar Arias a rappelé que les principaux producteurs d’armes avaient aussi des devoirs. Qu’il est trop compliqué pour eux aujourd’hui d’ignorer les situations leurs armes alimentant ou participant aux graves violations du droit international relatif aux droits de l’homme et du droit international humanitaire. Il y avait du souffle dans ce discours qui a renouvelé d’un seul coup l’air un peu vicié de la salle de conférence. Il a également rendu hommage à tout ceux qui se sont investis depuis si longtemps sur ce projet, sans reculer devant les obstacles innombrables que certains Etats ont pu dresser depuis 1997.

Suzan Waltz, ancienne Présidente du mouvement Amnesty International, a rappelé que les obligations existantes des Etats les liaient aux droits de la personne, dont les droits économiques sociaux et culturels, et au droit international humanitaire[4]. Il y a là un devoir moral qui doit se traduire par une obligation juridique des Etats dans l’évaluation du risque d’usage des armes classiques.

Bob Mtonga co-Président de IPPW et tout regonflé de la récente victoire Zambienne en Coupe d’Afrique des Nations,  a parlé du coup de ces transferts d’armes parfois faiblement régulés. Quand les dispensaires, les cliniques et les hôpitaux sont pillés ou détruits, en général par le dernier groupe armé entré dans les lieux, il devient impossible de se faire soigner comme en République Démocratique du Congo où plus de 5 millions de personnes sont mortes dont 90% des causes indirectes du conflit. Il parle également du coût des soins – pour retirer les balles d’armes légères et de petits calibres  où des éclats d’obus – pour des sociétés dont le développement socio- économique est déjà à la peine.

Enfin David Ives, de l’Albert Schweitzer Institute, rappelle que la violence armée[5] ne s’exerce pas uniquement dans les conflits. Dans de trop nombreux pays,  ou la pauvreté est endémique, les gangs ou les cartels font régner la terreur au quotidien sur tous les habitants. C’est  donc aussi pour sortir de la menace de cette violence armée qu’il est essentiel de  mettre dans ce traité, les principes sur les droits humains et le droit international humanitaire comme défendus par Amnesty International et le CICR.

Benoît Muracciole


[1] Plus près de 170 personnes ont participés à cet événement

[2] Qui a dissous son armée en 1948 en déclarant la Paix au monde

[5] La violence armée est définie par le recours illégal à la force physique impliquant l’utilisation d’armes à feu