Et si Obama apprenait à Cuba comment protéger les citoyens étasuniens de la violence armée ?

17 03 2016
SONY DSC

Maison pour le séchage du tabac Vinales Cuba © Benoît Muracciole

Le voyage annoncé du Président des Etats Unis à Cuba semble avoir suscité des réactions pour le moins épidermiques de la part de nombreux journaux étasuniens[1]. Sans se poser le moins du monde la question du « bon droit », beaucoup pensent en effet que le Président Obama est la personne légitime pour aborder la question des droits de l’Homme auprès du gouvernement cubain.

Pourtant – et cela va bien au delà des problèmes endémiques de violations des les droits économiques sociaux et culturels, parties intégrantes des droits de l’Homme[2], auxquels les États Unis font face depuis des décennies – la question de la légitimité est ici primordiale. Ce ne sont donc pas les exhortations répétées en direction du Président Obama de « persuader » Raoul Castro d’engager le gouvernement cubain dans le respect de ces droits fondamentaux qui changera ce paradigme.

 

De ce point de vue, un rapide comparatif des praxis de ces deux pays est édifiant :

Oui la politique du gouvernement cubain à un volet répressif certain qui, selon le rapport annuel d’Amnesty International[3], arrête   et retient arbitrairement[4] (entre une et 30 heures) quelques 8 000 personnes chaque mois, en plus des cinq prisonniers d’opinion que le pays comptait à la fin de l’année 2014[5].

Mais que dire de la privation systématique de la vie privée aux États Unis révélée par Edward Snowden[6] et de la condamnation ainsi que des harcèlements de toutes sortes des centaines de lanceurs d’alerte comme Chelsea Manning (35 ans de prison), Jane Turner[7] ou John Kiriakou (30 mois de prison) pour les plus connus[8], ainsi que les détenus de Guantanamo[9] ?

Oui la politique du gouvernement cubain connaît de sérieux problèmes liés à la pauvreté et à l’accès au logement pour de nombreuses familles, particulièrement à La Havana[10].

Mais il n’y a rien de comparable à la violence des inégalités sociales aux États Unis qui comptait, dans une estimation de l’United States Census Bureau[11], plus 46,7 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en 2014 (14,8% de la population) et environ 1,56 millions de personnes vivant sans domicile en 2009[12].

Mais en essayant de reprendre, avec un souci d’honnêteté, quelques uns des droits fondamentaux, parties des différentes Conventions sur les droits de l’Homme[13], nous pourrions nous arrêter sur un des plus essentiels d’entre eux : le droit à la vie[14]. En effet, comme nous l’avions montré dans un billet précédent[15], la plus définitive des menaces que connaissent les citoyens étasuniens – citoyenneté qui comprend toutes les personnes vivant dans ce pays, y compris les sans papiers – est la privation de la vie par une personne usant d’une arme à feu. En effet, bien plus que les actes de terrorisme, le nombre de morts par armes à feu dans ce pays depuis le 11 septembre 2001 dépasse les quatre cent soixante dix mille (470 000) personnes[16]. Le nombre des personnes blessées physiquement ou psychologiquement, pour la même période, le distance largement puisqu’il s’élève à plus d’un million cinq cent soixante mille (1 560 000 000) personnes[17].

 

Il ne semble pas non plus que la solution proposée par la NRA, après le massacre de Sandy Hoock en décembre, de mettre un policier armé dans chaque école soit la solution[18]. Les tueries de fort Hood au Texas en 2009 et 2014[19], au Navy Yard a Washington DC en 2013[20] et de Chattanooga dans le Tennessee en juillet 2015[21] démontrent dramatiquement que la présence de professionnels armés ne peut toujours empêcher un individu d’en massacrer d’autres.

C’est sur ce point que la discussion pourrait porter entre les deux hommes. La violence des armes à feu à Cuba est à un niveau singulièrement bas, particulièrement celui concernant les homicides. Les chiffres – recueillis par GunPolicy.org[22] – sont édifiants. En 2013, le nombre d’homicides répertoriés sur l’ile est de 674 pour une population de 11 270 000 habitants (5,98 / 100 000 hb) ce qui est important, mais il tombe à 22 personnes tuées lorsqu’il s’agit d’un meurtre par arme à feu (0,20 / 100 000 habitants)[23], un des taux les plus bas de la planète[24].

Ce taux est de plus impressionnant encore lorsque l’on regarde celui des pays environnants :

 

  • Haïti le nombre d’homicides en 2014   est de 942[25] pour 10,8 millions d’habitants (8,77/ 100 000 habitants) ;
  • République Dominicaine le nombre d’homicides en 2013  est à 1 254 pour 10 millions d’habitants (12,54 / 100 000 habitants[26]) ;
  • Jamaïque en 2013 est de 884 morts pour 2,9 millions d’habitants (30,4 / 100 000 habitants ) ;
  • Kitts and Nevis le nombre d’homicides en 2011 est de 30[27] pour 54 000 habitants (55,53) ;
  • Bahamas le nombre d’homicides en 2013 est de 105[28] pour 320 000 habitants (32,81 / 100 000 habitants) ;
  • Honduras, le nombre d’homicides en 2013  est à 5 630[29] pour 10 millions d’habitants (56,30 / 100 000 habitants) ;
  • Guatemala le nombre d’homicides en 2013  est à 1 254 pour 10 millions d’habitants (12,54 / 100 000 habitants[30]) ;
  • Mexique le nombre d’homicides en 2014  est à 13 283 (1 642+ 11 541 +100[31]) pour 122,30 millions d’habitants (9,7 / 100 000 habitants) ;
  • San Salvador le nombre d’homicides en 2014  est à 2 976[32] pour 6,34 millions d’habitants (46,94 / 100 000 habitants) ;
  • Venezuela le nombre d’homicides en 2014  est entre 17 778 et 24 980[33] pour 30,41 millions d’habitants (entre 58,96 et 82,10 / 100 000 habitants) ;

 

Le choix par le gouvernement cubain, depuis 1960, de privilégier l’éducation avec un budget qui approche les 13% du PIB[34] – où quel que soit l’âge il est toujours possible de reprendre des études gratuites – pourrait inspirer le Président Obama. Les États Unis ne dépensent que 5,8% de son PIB dans l’éducation et les étudiants étasuniens totalisent plus de 1 200 milliards$ de dettes[35] (1 088 milliards€). Il me semble en effet raisonnable de penser que le succès de la lutte pour la diminution des actes de violence des armée vient aussi de l’éducation et qu’elle se conçoit dans le temps long.

 

Voilà donc un agenda tout tracé pour les deux chefs d’État. Peut être même que pendant leurs séances de travail, les deux Présidents pourront écouter des lectures d’auteurs[36] comme c’est toujours le cas pour les travailleuses et les travailleurs des fabriques de cigares[37].

 

Benoît Muracciole

[1] Avec plus ou moins de discernements selon les journaux : http://www.nytimes.com/2016/02/19/world/americas/obama-cuba-trip.html?_r=0 http://www.nationalreview.com/article/431692/obama-cuba-upcoming-trip , http://edition.cnn.com/2015/01/12/americas/cuba-prisoners-release/ , http://www.latimes.com/world/mexico-americas/la-fg-obama-cuba-visit-20160218-story.html , http://edition.cnn.com/2016/02/17/politics/obama-cuba-visit/ , http://www.usatoday.com/story/news/2016/02/17/obama-cuba-visit/80513264/ , http://insider.foxnews.com/2016/02/22/greta-van-susteren-calls-out-obama-planning-fun-trip-cuba-skipping-scalias-funeral ,

[2] Dont le droit à l’éducation pour tous, le droit à la santé pour tous, le droit à un logement pour tous…

[3] Rapport annuel AI 2014-2015 pages 158-159

[4] Il est dommageable que l’expression d’une opinion dissidente dans un lieu publique soit sujette au risque, substantiel, d’une arrestation voir d’un bref emprisonnement

[5] Plusieurs douzaines selon le rapport d’Human Rights Watch : https://www.hrw.org/world-report/2015/country-chapters/cuba#876dea

[6] https://armerdesarmer.wordpress.com/2013/06/27/les-droits-de-lhomme-et-internet-chine-etats-unis-russie-meme-combat/

[7] http://www.whistleblowersblog.org/2015/09/articles/news/fbi-whistleblower-featured-in-timberjay-news/ , https://en.wikipedia.org/wiki/Jane_Turner_(FBI_whistleblower)

[8] http://www.whistleblowersblog.org/articles/government-whistleblowers/

[9] https://www.amnesty.ch/fr/sur-amnesty/publications/magazine-amnesty/2015-1/etats-unis-guantanamo-sous-la-loupe

[10] Espina Prieto (2008) et Mesa-Lago (2006) estiment que l’incapacité́ à satisfaire ses besoins de base touche environ 20% de la population cubaine entre 1999 et 2002. Mais la santé est gratuite et « l’amélioration des conditions sanitaires a en effet rallongé l’espérance de vie de vingt ans en deux générations : de 59 ans en 1953 à 78 ans en 2012… ». « …Elles (les autorités) n’ont pas versé aux familles de revenu supplémentaire, elles ont aménagé les conditions d’emploi des femmes enceintes et accordé des congés maternité généreux, soulagé les femmes ayant des grossesses difficiles des obligations familiales en leur proposant une institutionnalisation (hogar materno), systématisé l’éducation sexuelle et prévu une priorité d’accès à l’emploi pour les mères célibataires, garanti un large accès en crèche et universalisé la pré-scolarisation. Elles sont aussi accordé aux enfants nés hors mariage légal les mêmes droits qu’aux autres… »

Quelle « Bonne famille » ? assistance et solidarités familiales à Cuba Blandine Destremau

http://www.scielo.br/pdf/cp/v44n152/fr_04.pdf

[11] http://www.census.gov/hhes/www/poverty/data/incpovhlth/2014/highlights.html

[12] Executive summary ; page iii : https://www.huduser.gov/Publications/pdf/2009_homeless_508.pdf

[13] Notons qu’à ce jour Cuba n’avait toujours pas ratifié la Convention sur les droits civils et politiques ainsi que le Protocole des droits sociaux économiques et culturels.

[14] Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

[15] https://armerdesarmer.wordpress.com/2014/07/12/al-qaida-vs-la-national-rifle-association-nra-combien-de-morts/

[16] Ibid. Chiffre remis à jour au 23 février 2016

[17] http://www.bradycampaign.org/key-gun-violence-statistics , chiffres sans doute en dessous du réel car certaines victimes ne portent pas plainte.

[18] https://www.washingtonpost.com/politics/remarks-from-the-nra-press-conference-on-sandy-hook-school-shooting-delivered-on-dec-21-2012-transcript/2012/12/21/bd1841fe-4b88-11e2-a6a6-aabac85e8036_story.html

[19] http://edition.cnn.com/2014/04/02/us/fort-hood-shooting/

[20] http://www.usatoday.com/story/news/2015/07/02/what-happened-in-2013-navy-yard-shooting/29614339/

[21] http://www.nbcwashington.com/news/local/A-History-of-Shootings-at-Military-Installations-in-the-US-223933651.html

[22] Centre de recherche qui est accueilli par l’université de Sydney http://www.gunpolicy.org/about

[23] http://www.gunpolicy.org/firearms/region/cuba

[24] Il est vrai que la loi cubaine est extrêmement restrictive quant à la possession d’armes par les civils. Décret-loi No. 262 de décembre 2008 : http://www.poa-iss.org/CASACountryProfile/PoANationalReports/2010@51@2010-National-Report-Cuba-REV.pdf . Mais il serait insuffisant de considérer cette loi comme l’unique cause de cette absence de violence armée, ou plutôt de ce sentiment de sécurité que l’on rencontre lorsque que l’on traverse l’ile de part en part.

[25] http://nofi.fr/2015/03/3-haitiens-meurent-chaque-jour-de-coups-de-feu/14512

[26] www.gunpolicy.org/firearms/region/dominican-republic

[27] http://www.gunpolicy.org/firearms/region/st-kitts-and-nevis

[28] http://www.gunpolicy.org/firearms/region/bahamas

[29] www.gunpolicy.org/firearms/region/dominican-republic

[30] www.gunpolicy.org/firearms/region/dominican-republic

[31] les 11 641 (lignes x94 et X95) représentent environ 60% des crimes par armes à feu, j’applique donc ce pourcentage à la ligne Y09) : http://www.inegi.org.mx/saladeprensa/boletines/2015/especiales/especiales2015_07_4.pdf

[32] http://www.laprensagrafica.com/2014/12/30/el-77-de-homicidios-fueron-cometidos-con-armas-de-fuego-en-2014

[33] Chiffres donc indicatifs et qui ne distingues pas les homicides par armes à feu des autres : http://informe21.com/actualidad/venezuela-cuadruplica-tasa-de-homicidios-de-otros-paises-en-america-latina

[34] http://hdr.undp.org/en/content/expenditure-education-public-gdp

[35] http://www.lemonde.fr/campus/article/2015/08/25/la-crise-de-la-dette-etudiante-nouvel-enjeu-de-la-presidentielle-americaine_4736186_4401467.html

[36] Chaque jour ils votent les textes qui leurs seront lus pendant toutes leurs heures de travail.

[37] Qui pourraient comme, les ouvriers étasuniens aussi, avoir de meilleurs salaires. Un travailleur touche 300 pesos cubanos par mois plus environ 7 pesos cubanos / jour (pour un peu plus d’une centaine de cigares fait main. 25 pesos cubano = 1$).

Publicités




Les larmes d’un Président sur son impuissance à imposer un vrai contrôle pour l’acquisition et la possession des armes aux Etats Unis ?

16 12 2012

Obama

Le 14 décembre 2012 à Newtown dans le Connecticut, un des Etats étasunien dont la loi sur l’acquisition des armes est une des plus strictes, à vu un nouveau carnage du à l’absence d’un réel contrôle sur les armes dans ce pays. Un jeune homme de 20 ans, Adam Lanza, a assassiné 28 personnes dont 20 enfants entre 5 et 10 ans. Après avoir tué sa mère, il emporté avec lui au moins deux armes de points,  Sig Sauer et Glock de 9 mm, ainsi qu’un fusil d’assaut Bushmaster model 233. Ces armes peuvent tirer des dizaines de projectiles en quelques secondes et chaque année ce sont près de 100 000 personnes qui meurent ou sont blessées aux Etats Unis, à cause de  l’usage de ces armes ,  si l’on compte les meurtres, les suicides, les accidents et l’action de la police[1].

Depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir ce sont, au moins, 159 personnes qui ont été assassinées lors d’un massacre avec des fusils d’assauts ou des armes de poing automatiques ou semi automatiques[2] :

14 février 2008 Dekalb dans l’Illinois, 6 morts et 18 blessés,

5 novembre 2009 à Fort Hood au Texas, 13 morts et 30 blessés,

10 mars 2009 à Geneva County, 11 morts et 6 blessés,

8 janvier 2011 à Tuckson, 6 morts et 14 blessés,

5 octobre 2011 a Cupertino 4 morts dont le meurtrier et 7 blessés,

12 octobre 2011 à Seal Beach en Californie, 8 morts et 1 blessé,

21 février 2012 à Norcross en 6 morts dont le meurtrier,

27 février à Chardon dans l’Ohio 3 morts et 2 blessés,

8 mars à Pittsburg 2 morts dont le meurtrier et 7 blessés,

23 mars 2012 à San Francisco 5 morts,

2 avril 2012 à Oakland 7 morts 3 blessés,

6 avril à Tulsa dans l’Oklahoma, 3 morts et 2 blessés,

30 mai 2012 à Seattle 6 morts,

20 juillet 2012 à Aurora 12 morts et 59 blessés,

7 juillet 2012 à Grand Rapids dans le Michigan 7 morts et 3 blessés,

9 juillet 2012 à Dover, Delaware, 4 morts dont le meurtrier et 2 blessés,

5 août 2012 à Oaks Creek dans le Wisconsin, 6 morts dont le meurtrier,

13 août 2012 Texas A&M University, 3 morts,

24 aout 2012 à New York, 2 morts dont le meurtrier et 8 blessés,

31 aout 2012 à Old Bridge dans le New Jersey, 3 morts dont le meurtrier,

27 septembre à Minneapolis, Minnesota, 5 morts et 4 blessés,

30 septembre 2012 à Winter Springs, Floride, 2 morts et un blessé,

18 octobre 2012 à Casselberry en Floride, 4 morts dont le meurtrier et une blessée,

21 octobre 2012 à Brookfield dans le Wisconsin, 4 morts dont le meurtrier et 3 blessés,

11 décembre 2012 à Happy Valley dans l’Oregon, 3 morts dont le meurtrier et un blessé

L’Etat des lois aux Etats Unis :

Le second amendement :

“A well-regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.”

« Une milice bien régulée est nécessaire pour assurer la sécurité d’un Etat libre, le droit du peuple de garder et de porter des armes ne doit pas être empêché. »

L’interprétation du second amendement par les juges de la cour suprême en 2010, nommés par Reagan, sous l’influence des producteurs d’armes légères et de petits calibres ou du groupe de pression  « National Rifle Association[3] » (NRA) est un plus grand scandale du XX° et début du XXI° siècle dans ce pays. De nombreux juristes[4] ont en effet relevé que le droit des individus à acquérir et porter des armes est contraire à l’esprit de la déclaration faites par James Madison et ses pairs en 1787. David Williams et Carl Bogus arguant notamment que le peuple d’alors représentait une homogénéité qui n’existe plus aujourd’hui. La notion même de milice bien organisée ne pouvant correspondre aux individus des XX° et XXI° siècle.

Après Lyndon Johnson et son Gun Control Act en 1968[5], le seul Président qui a fait avancer le contrôle de la vente et de la possession des armes dans le pays est Bill Clinton :

D’abord avec à la loi « Brady Handgun Violence Prevention Act » de 1993, qui a donné mandat au FBI de mettre en place en 1998  le « National Instant Criminal Background Check System[6] » (NICS). Le rôle de cet organe est de contrôler le passé des acheteurs tant sur le plan criminel que psychiatrique. Il est ouvert 7 jours sur 7, 17 heures par jour mais il ne fonctionne que sur la bonne volonté des institutions interrogées qui ne répondent pas toujours précisément aux demandes. De plus environ 40% des ventes ne sont pas concernées par ce système.

Enfin  le 25 janvier 1994 une nouvelle loi, présentée par l’administration Clinton, est votée par la chambre des représentants et interdit l’achat de fusil d’assaut[7]. Mais cette loi a expiré en 2004 et l’administration Bush s’est plus occupée de défendre les intérêts des producteurs d’armes que celui des citoyens[8].

Malgré l’engagement de Barak Obama sur le contrôle des armes, lors de sa première campagne électorale, il n’a  présenté à ce jour aucun nouveau projet de loi à la Chambre des Représentants.

Mais dans un monde gouverné de plus en plus par les études d’opinion et les communicants, les décideurs politiques valeureux se font de plus en plus rares. Les hommes politiques capables de porter une véritable vision en matière de droits de l’Homme se sont fait avaler par ces « Experts en communications ». Aux Etats Unis c’est Mitt Romney qui sera le seul à citer les droits de l’Homme lors du dernier débat télévisé en octobre dernier.

Nous avons donc aujourd’hui un Président des Etats Unis, garant de la protection des droits de l’Homme de tout citoyen étasunien et Prix Nobel de la Paix, qui n’a pas le courage politique de mettre en place les outils élémentaires de cette protection. A aucun moment dans son discours du 15 décembre, après le massacre des enfants à Newport, il n’a avancé quelque proposition concrète sur le contrôle des armes et il y a sans doute de nombreux parents qui se demandent si leurs enfants seront sur la liste du prochain carnage.

Benoît Muracciole


[3] Le mythe de l’influence de la NRA dans les élections étasunienne : http://www.bradycampaign.org/media/press/view/1545/

[7] Pour être précis il faut ajouter qu’elle ne concernait pas tous les fusils d’assauts, notamment ceux dont le chargeur fixe contient un maximum de 5 cartouches :

[8] Il fera passer une loi pour protéger les producteurs d’armes de toute poursuite en justice : http://www.govtrack.us/congress/bills/109/s397 . Georges Bush refusera également  toute initiative sur le marquage des munitions et la traçabilité des armes légères et de petits calibres.





Petit bilan intermédiaire après deux semaines de négociations du traité sur le commerce des armes

16 07 2012

Evènement du jeudi 12 juillet Amnesty International et le IANSA alertent sur les violences sexuelles. Photos Benoît Muracciole

D’abord il est important de noter que, malgré l’humeur maussade de quelques Etats sceptiques,  l’immense majorité des Etats sont pour un traité fort et efficace allant dans le sens du texte du Président Roberto Garcia Moritan de mars 2012[1].  Cette affirmation simple est largement confirmée par les déclarations des Etats comme je l’ai déjà écris ici. Même à l’intérieur des continents les majorités se déclarant pour des critères intégrant les droits de l’Homme et le droit international avec l’obligation d’une évaluation substantielle du risque d’usage des armes, sont importantes, voir écrasantes.

C’est le cas pour l’Amérique à part les Etats Unis, le Venezuela et Cuba. En effet pour des raisons biens diverses ces Etats, aux vues et intérêts quelques peu divergents, se retrouvent presque sur une ligne sceptique. Les Etats Unis parce qu’ils réagissent encore dans un vieux reflexe de toute puissance, rien de meilleur de ce que nous avons déjà ne peut venir de l’extérieur, oubliant les engagements de leur Président Obama en matière de multilatéral.

Pour Cuba et le Venezuela il y a bien sûr une crainte de se voir refuser de s’armer pour la défense légitime de leurs territoires. On peut comprendre la prudence de Cuba dans ces négociations vis à vis de son énorme voisin du nord. Néanmoins il semble que ce dont ce pays a le plus à craindre aujourd’hui, est l’arrivée massive d’armes. Avec en plus des Etats Unis, Haiti ou leur dissémination provoque un  niveau d’homicide très important[2] et la Jamaïque qui connaît elle aussi un des taux d’homicide les plus élevés du monde[3], Cuba a besoin d’un TCA avec des critères rigoureux sur les droits de l’Homme et le droit international humanitaire.

Pour le Venezuela qui connaît un taux de criminalité semblable à la Jamaïque et à Port au Prince, la position tenue par Hugo Chavez apparaît encore aujourd’hui bien loin des besoins et des urgences de son pays. Nous verrons comment la société civile  vénézuélienne pourra peser dans le bon sens.

Pour le continent Africain nous l’avons écrit et répété ici, pour l’Algérie et l’Egypte il est politiquement suicidaire à moyen terme de s’afficher auprès de la Syrie et de la Corée du Nord. C’est d’autant plus dommageable pour l’Algérie qu’elle n’a pas attendu le TCA pour mettre en place un système de contrôle des exportations d’armes classiques extrêmement rigoureux[4] et qu’elle est partie prenante à toutes les Conventions sur les droits de l’Homme de l’ONU et bien sûr de la Convention de Genève.

L’Union Européenne est également concentrée sur une position cohérente même si la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne sont, en tant que pays exportateurs d’armes majeurs,  les plus engagés dans la volonté d’un TCA fort sur les critères. Seuls les Italiens renâclent et tentent d’exclure les armes civiles de la liste des armes comme si celles ci n’étaient pas utilisées dans de graves violations des droits de l’Homme en Afrique et en Amérique.

L’Océanie, même si le continent est moins important en terme de nombre d’habitants est dans une dynamique extrêmement positive avec l’Australie, le Japon et la Nouvelle Zélande mais aussi la Papouasie Nouvelle Guinée et même Palau qui courageusement est présente avec ses plus de 20 000 habitants.

L’Asie cherche encore, dans une aspiration mêlée de craintes et  d’attirance positive, son intérêt dans le futur TCA. Car cet immense continent est également victime du commerce irresponsable des armes classiques avec l’Afghanistan, le Cambodge, l’Inde, L’Indonésie, L’Irak, le Pakistan et les Philippines… Mais il reste un travail de pédagogie à faire à la fois au niveau des capitales et ici à l’ONU pour convaincre ces Etats de leur intérêt politique et stratégique d’y adhérer. Même la Chine a entrevu pour elle même des avantages comme par exemple d’avoir une Afrique où son approvisionnement en matière première sera libéré des conflits intra étatiques.

Enfin le Moyen Orient dont les peuples appellent tous les jours à l’arrêt des bombardements en Syrie, les arrestations arbitraires qui persistent en Lybie et des forces de l’ordre au Bahreïn, en Egypte qui respectent enfin les procédures les plus élémentaires pour le respect des droits de l’Homme.

De ce magma brulant des deux premières semaines, les Etats se doivent de trouver une issue pour le bien commun de tous. Les Russes ont commencé en recevant les ONG africaines. Ils ont fait par de leur proposition de mettre les critères dans la transposition en droit interne du TCA. Les Etats Unis doivent se souvenir que leur Président à reçu le Prix Nobel de la Paix comme une promesse à venir, il est temps de s’y mettre Barak Obama, le TCA c’est maintenant !

Benoît Muracciole