Quel lien unit Dilma Rousseff, Angela Merkel et Diane Feinstein et bien d’autres ?

7 08 2014

Sans titre

 

Elles ont toutes été espionnées par une agence de renseignements étasunienne !

 

Après le formidable geste de bravoure civique d’Edward Snowden[1] le 6 juin 2013, nous avons appris qu’il n’y avait plus de limite politique et morale quant à l’appétit des agences de renseignement du monde entier d’entrer dans la vie privée de tout citoyen. La NSA et la CIA viennent bien sûr en tête, mais les autres agences ne sont pas en reste non plus[2] en terme de violations de l’article 12 de la déclaration universelle des droits de l’Homme :

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ».

 La seule limite qui soit aujourd’hui véritablement imposée aux agences de renseignements est une limite technologique.
C’est en tous cas ce que vient de prouver un récent rapport de l’Office of Inspector General de la CIA qui n’est malheureusement pas encore publique[3]. En effet le rapport révèle qu’une petite bande de Pieds Nickelés de l’agence se sont glissées à l’intérieur des ordinateurs du « Senate Intelligence Committee » qui était en train d’enquêter sur les allégations de tortures sous l’administration Bush dans le temps des guerres d’Afghanistan et d’Irak[4].

 

D’après la Sénatrice Diane Feinstein, Présidente du « Senate Intelligence Committee »,  la CIA est susceptible d’avoir violé la Constitution étasunienne dont :

  • Le «  Speech and Debate Clause » qui stipule que les Sénateurs :

« … ne pourront être inquiétés en aucun lieu pour leurs discours ou opinions émis dans l’une quelconque des chambres[5] ».

  • Le 4° amendement[6] qui inscrit : «  Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. »

 

  • Le « Computer Fraud and Abuse Act[7]» et le décret 12333[8] qui encadre l’activité des services de renseignements et interdit la CIA de toute surveillance à l’intérieur du territoire des États Unis.

 

Ce salvateur volte face de la Sénatrice Diane Feinstein, qui jusqu’en février de cette année avait défendu avec une grande conviction la « collecte » d’informations de la NSA[9], n’est peut être pas la fin de l’histoire.

D’abord parce que le plus important pour le « Senate Intelligene Committee » est de désigner les responsabilités au sein de l’administration Bush quant aux actes de tortures effectués par les membres de la CIA et de permettre ainsi à la justice d’entamer les démarches judiciaires auxquelles la ratifications par les États Unis de la Convention contre la torture l’engage[10].

Ensuite parce que les Sénateurs démocrates Mark Udall, Martin Heinrich et le Sénateur républicain Lindsay Graham ont demandé la démission de John Brennan[11] le directeur de la CIA, qui fut aussi le responsable de la politique d’exécution extrajudiciaire sous l’administration de Barak Obama. A suivre donc…

 

Mais début aout 2014, la bonne nouvelle vient de Russie… Edward Snowden a obtenu son autorisation de séjour de 3 années dans ce grand pays de Leon Tolstoï et d’Anton Tchekhov. Il n’attend plus que d’être accueilli comme il se devrait en France[12], dans l’esprit des droits de l’Homme que notre grand pays défend avec une application, comme nous l’avons vu souvent ici, rigoureuse et indivisible !!!

Benoît Muracciole

[1] https://armerdesarmer.wordpress.com/2013/06/27/les-droits-de-lhomme-et-internet-chine-etats-unis-russie-meme-combat/ ; voir aussi http://consortiumnews.com/2014/06/17/treating-snowden-as-a-personality/

[2] Avec notamment le Bundesnachrichtendienst et le Bundesnachrichtendienst en Allemagne, le Guoanbu pour la Chine, la DGSE, DRM et la DGSI en France, le MI5 et le MI6 en Grande Bretagne, le Central Bureau of Investigatione et le Research and Analysis Wing pour l’Inde, l’Aman, le Mossad, le Shin Beth pour Israël, l’ISIS au Pakistan et le Federalnaïa Sloujba Bezopasnosti, le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie et le Direction générale des renseignements pour la Russie

[3]https://www.scribd.com/embeds/235569152/content?start_page=1&view_mode=scroll&show_recommendations=true

[4] A ce propos il faut noter que les crimes contre l’humanité, que constitue l’usage de la torture, sont imprescriptibles voir : https://armerdesarmer.wordpress.com/2011/10/14/la-semaine-des-bb-plaide-pour-un-traite-sur-le-commerce-des-armes/

[5] Article 1 Section 6 de la Constitution des États Unis : http://www.usconstitution.net/xconst_A1Sec6.html

[6] http://www.law.cornell.edu/constitution/fourth_amendment

[7] http://energy.gov/sites/prod/files/cioprod/documents/ComputerFraud-AbuseAct.pdf

[8] l’Executive order 12333 ; « Conduct of Intelligence Activities » ; Part 2.3  : http://www.archives.gov/federal-register/codification/executive-order/12333.html#2.3

[9] http://articles.latimes.com/2014/feb/19/news/la-pn-feinstein-nsa-foreign-policy-20140219

[10] Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants :

  • Article 4

1. Tout Etat partie veille à ce que tous les actes de torture constituent des infractions au regard de son droit pénal. Il en est de même de la tentative de pratiquer la torture ou de tout acte commis par n’importe quelle personne qui constitue une complicité ou une participation à l’acte de torture.

2. Tout Etat partie rend ces infractions passibles de peines appropriées qui prennent en considération leur gravité.

 

  • Article 5

1. Tout Etat partie prend les mesures nécessaires pour établir sa compétence aux fins de connaître des infractions visées à l’article 4 dans les cas suivants:

a) Quand l’infraction a été commise sur tout territoire sous la juridiction dudit Etat ou à bord d’aéronefs ou de navires immatriculés dans cet Etat;

b) Quand l’auteur présumé de l’infraction est un ressortissant dudit Etat;

c) Quand la victime est un ressortissant dudit Etat et que ce dernier le juge approprié.

2. Tout Etat partie prend également les mesures nécessaires pour établir sa compétence aux fins de connaître desdites infractions dans le cas où l’auteur présumé de celles-ci se trouve sur tout territoire sous sa juridiction et où ledit Etat ne l’extrade pas conformément à l’article 8 vers l’un des Etats visés au paragraphe 1 du présent article.

3. La présente Convention n’écarte aucune compétence pénale exercée conformément aux lois nationales.

http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CAT.aspx

[11] http://www.nationaljournal.com/congress/sen-mark-udall-calls-for-resignation-of-cia-director-john-brennan-20140731 et signez la pétition « Fire CIA Director John Brennan for illegal spying on Congress » : http://act.credoaction.com/sign/fire_brennan?t=1&akid=11342.6410657.KmYOFm

[12] https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/fran%C3%A7ois-hollande-accordez-l-asile-politique-%C3%A0-edward-snowden

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Zero Dark Thirty ou Zero mensonge ?

7 02 2013

Abou ghraib

Le film de Kathryn Bigelow raconte donc, dans une réalisation efficace, la traque et l’exécution extrajudiciaire de l’ancien supplétif de la CIA[1] : Oussama Ben Laden. Le film montre comment, notamment grâce à l’utilisation de la torture, son messager Abou Ahmed finit par être identifié et ainsi mener la CIA à la cache du dit Ben Laden. Le scénariste, la réalisatrice et le producteur n’ont pas souhaité alerter les spectateurs sur l’aspect controversé de leur thèse malgré ce qui leur avait été demandé[2].

Les réactions de politiques et d’analystes des renseignements à cette présentation de l’information ont été rapides et importantes. Nombreuses sont celles qui contredisent la véracité de la version présentée par le film[3].  Il nous semble donc intéressant de revoir leurs arguments pour tenter de démêler les fils d’un film qui pourrait rappeler la période où certains réalisateurs se laissaient entraîner dans des actions de propagande cinématographique[4].

Un des premiers Sénateurs importants à intervenir sur la question de la torture et de son efficacité dans la traque de Ben Laden fut sans doute John McCain[5]. Dans une déclaration du 12 mai 2011, il cite Leon Panetta, alors directeur de la CIA, qui lui répondait sur cette question :

«  La piste de Ben Laden n’a pas été trouvée grâce à une information de Khalid Sheikh Mohammed, qui a été « waterboarding[6] » 183 fois… en fait il n’y a pas eu d’information fiable obtenue grâce à  des méthodes d’interrogations renforcées… ». Dans sa réponse, Leon Panetta va plus même loin: « … en fait les informations obtenues par ces techniques auprès de Khalid Sheikh Mohammed étaient fausses et trompeuses ».

Ray McGovern, un ancien analyste de la CIA est encore plus  définitif : « la torture ne marche jamais… l’histoire montre qu’une bonne information ne vient jamais de techniques d’interrogatoires violentes »[7].

Du coup, peut être à cause de l’approche de la remise des oscars[8], les interventions dans les médias  de la réalisatrice et du scénariste se sont multipliées. Dans les arguments principaux servis il y a le choix bien sûr qu’ils ont fait de : «  montrer la réalité sans prendre parti[9] ». Et Bigelow ajoute : « Je pense qu’il a été trouvé grâce à un ingénieux travail d’investigation. Mais la torture, comme nous le savons tous, a été employée durant les premières années de la traque. Cela ne veut pas dire que cela a été la clé. Cela veut dire que c’est une partie de l’histoire que nous ne pouvons pas ignorer » ce que plus grand monde ne conteste aux Etats Unis[10].

Mais disant cela Bigelow ne dit plus la même chose que dans son film et c’est cette accumulation de messages à peine contradictoires qui donnent l’impression de quelque chose qui pourrait s’apparenter à de la manipulation. Il est encore très facile pour la production de mettre un avertissement au début du film pour préciser qu’il ne s’agit que d’une fiction ou simplement avertir le spectateur que la version présentée est contestée.

Finalement, Katrhyn Bigelow nous affirme qu’elle ne prend pas partie et qu’elle souhaite faire prendre conscience de l’utilisation de la torture. Déclaration non seulement louable mais qui pourrait montrer son engagement dans la recherche de la vérité. Pour cela nous lui suggérons de rappeler que dans l’article 7 de la Cour Pénale Internationale, la torture est un crime contre l’humanité[11]. Et de préciser également qu’il n’y pas de prescription pour de tels crimes. Elle pourra ainsi répondre à ceux qui ne souhaitent pas voir de poursuites judicaires pour les responsables de tels actes ainsi que pour les donneurs d’ordres[12].

Enfin, le 4 février dernier, cette fois avec le titre supplémentaire d’ancien secrétaire d’Etat à la défense, Leon Panetta affirme que la plus grande partie des renseignements qui ont permis de débusquer Ben Laden ne viennent pas des interrogatoires où « cette tactique » avait été utilisée et qu’elle n’était pas nécessaire dans le renseignement[13]. Ce qui n’est plus tout à fait la même déclaration faite à John McCain en mai 2011.

Après la décision du Président des Etats Unis d’interdire la torture en 2009, il nous reste au moins trois questions sur les intentions du film :

Existe-t-il dans la projection politique future des tenants de ces « techniques » une intention d’autoriser à nouveau la torture, en cas de retour des Républicains, au point d’avoir manipulé l’équipe du film ?

En ce cas, le film a-t-il servi comme test d’opinion, grandeur nature, auprès de la population étasunienne ?

Où n’est ce qu’un excès de suffisance, d’absence d’éthique, de la part de la production qui a oublié les règles les plus élémentaires de l’investigation ?

Le temps nous donnera peut être la réponse, mais aujourd’hui la torture reste une grave violation des droits de l’Homme, un crime contre l’humanité, imprescriptible, et elle est inefficace sur le plan du renseignement.

Benoît Muracciole


[1] Voir The Terror Trade Time Amnesty International juin 2002 et http://consortiumnews.com/2013/01/16/the-depressing-zero-dark-thirty/

[4] Notamment « La Ligne Générale de Eisnstein, « Blood Of The Sun » de Frank Lloyd,  « Bon Voyage » et « Avenure Malgache » d’Alfred Hitchcock, « 49th Parallel » de Michael Powell…

[6] Technique de simulation de la noyade

[8] Prévus le 24 février prochain

[10] A part peut être la protection rapprochée de George W Bush et quelques fondamentalistes des services de sécurité étasuniens

[12] Dont John MacCain et Barak Obama pourtant farouche opposant à l’usage de la torture : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-04-19/barack-obama-interdit-la-torture-mais-entend-proteger-ceux-qui-l/1648/0/336193

[13] A noter que ce n’est plus tout à fait la même déclaration faite à John McCain en mai 2011 : http://www.youtube.com/watch?v=-5g8MuPKECEhttp://www.aljazeera.com/news/americas/2013/02/20132431016830768.html.  A noter que « la Voix de la Russie » a compris exactement le contraire avec le titre : « Leon Panetta : Ben Laden a été localisé grâce à la torture » http://french.ruvr.ru/2013_02_04/Leon-Panetta-Ben-Laden-a-ete-localise-grace-a-la-torture/