L’Egypte sous le signe des militaires et des graves violations des droits de l’Homme

17 07 2013

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L’annonce de la formation du nouveau gouvernement égyptien fait l’effet d’un « coup » de massue pour les défenseurs des droits de l’Homme. Même s’il réunit des composantes de la société égyptienne, l’absence des frères musulmans et le super pouvoir du général Abdelfatah Khalil al-Sisi entachent définitivement sa légitimité.

Tony Blair ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Ancien premier ministre britannique, brillant co-sauveur de l’Irak en 2003 et envoyé spécial de l’ONU au Moyen Orient[1], il appelle à soutenir le coup d’Etat des militaires égyptiens[2]. Après le franc succès de l’intervention en Irak – avec un bilan entre 400 000 et plus de  1 Million de morts[3]  – et des attentats qui chaque jour font peser des menaces de mort sur tous les citoyens irakiens, il continue de jouer la stabilité et la sécurité.

Alors que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’histoire nous indique que cette course folle à une stabilité immédiate joue contre les droits de l’Homme et donc contre la sécurité dans la durée.  Alors que les évolutions récentes sur le continent africain et au Moyen Orient  – les révolutions arabes en sont les signes les plus marquants – montrent la faillite de la « realpolitik », de nombreux gouvernements hésitent sur la posture à adopter. La récente venue au Caire du Secrétaire d’Etat Adjoint William Burns met en lumière les évaluations casuistiques de la loi des Etats Unis ainsi que la sincérité de leur attachement au droit international[4].

C’est au Caire que le Président Obama avait commencé sa présidence en 2009 par un discours enthousiasmant[5], c’est encore une fois au Caire qu’il enterre cyniquement et désespérément les espoirs des citoyens arabes dans le soutien qu’ils étaient en droit d’attendre dans leur lutte en faveur de leurs droits fondamentaux. Quant à l’Union Européenne et la France, l’absence de condamnation du coup d’Etat et des violations des droits de la personne, en dit plus sur l’état de leur réflexion que bien des discours.

Mais le plus grave reste l’impunité dans laquelle l’armée et la police continuent de se conduire. Depuis  la chute de Moubarak, de nombreux cas de tortures et d’usages disproportionnés de la force avaient été dénoncés par les défenseurs des droits de l’Homme[6]. Aujourd’hui encore, les militaires, formés le plus souvent par les Etats Unis mais aussi parfois par la Grande Bretagne[7], et les policiers semblent rester fidèles à leur culture d’intervention qui contrevient aux principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois des Nations unies[8].

Depuis le coup d’Etat se sont plus d’une centaine de personnes qui ont été tuées et plus de mille blessées, la plupart par les forces armées ou la police. Les éléments rassemblés par les organisations des droits de l’Homme donnent à penser qu’elles l’ont été en violation flagrante des droits de la personne[9]. Il conviendrait donc, avant de considérer toute nouvelle aide auprès du gouvernement provisoire[10], de demander une enquête indépendante et impartiale afin que toutes les personnes impliquées dans les violations des droits de la personne soient traduites en justice.

Enfin, des éléments factuels commencent à sortir montrant l’implication de l’appareil militaire, grâce à sa mainmise sur une grande partie de l’économie du pays, pour accélérer la chute du Président démocratiquement élu Mohamed Morsi. Les nombreuses coupures d’électricité ont miraculeusement cessées ainsi que les pénuries d’essence.

La communauté internationale devrait également demander une enquête indépendante et impartiale afin de définir la responsabilité de l’armée dans le renversement du Président Mohamed Morsi et manifester ainsi son véritable engagement en faveur des droits de l’Homme et de la démocratie.

Benoît Muracciole


[1] Qui depuis sa nomination voit Israël accélérer les implantations illégales en territoire palestinien et diminuer ainsi les espoirs d’un Etat viable.

[3] Bilan catastrophique en terme de graves violations des droits de la personne et  qu’il continu https://armerdesarmer.wordpress.com/2010/11/05/guerre-dirak-entre-400-000-et-1-033-000-morts-pour-la-democratie-et-la-liberte/

[4] Pourtant la loi étasunienne interdit le soutien de tout gouvernement issue d’un coup d’Etat ; voir notamment  : http://walt.foreignpolicy.com/posts/2013/07/12/making_lemonade_in_the_middle_east et http://www.deseretnews.com/article/765634115/US-should-do-more-to-stand-up-for-democracy.html

[6] Voir notamment le rapport 2013 d’Amnesty International page 85-90 : https://www.amnesty.org/sites/impact.amnesty.org/files/PUBLIC/POL_10_001_2013_ext_fra.pdf

[7] Comme c’est le cas pour le général al-Sisi

[10] Dont l’aide militaire, qu’elle soit sous forme de matériels, de formation ou financières.

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