Accord entre la Russie et les Etats Unis, un espoir pour les Syriens ?

13 05 2013

Syrie

Depuis le 15 mars 2011, le début de la révolution syrienne, l’escalade de la violence de l’Etat syrien apparaît comme s’être développée en deux temps.

Dans un premier temps, celui des manifestations de rues principalement dans les villes syriennes, ce sont des attaques disproportionnées des forces du régime contre les manifestants. Le 26 mai, l’estimation des personnes tuées par les forces de l’ordre ou les militaires du régime s’élevait, selon les chiffres de « The National Organization for Human Rights in Syria »  à plus de 1100 morts et environ 4 400 blessés, plus les personnes emprisonnées et disparues[1].

Dans un deuxième temps, les premières résistances armées commencent début 2011[2], l’affrontement prend une dimension nouvelle. Cette fois les indications sur le nombre des victimes tuées dans ce conflit changent dramatiquement dans leur intensité. En juillet de la même année on dénombre 19 000 morts, en novembre le nombre grossit à plus de 40 000 victimes[3]. En janvier  selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme est avancé le chiffre de 43 326 morts alors que l’ONU parle déjà de plus de 60 000 morts[4]. Les dernières estimations du Stratégic Research and Communication Center, au 15 mars 2013, reprises par l’ONU donnent plus de 70 000 personnes tuées[5].

S’il est impossible de faire une relation unique de cause à effet avec le début de l’insurrection armée, qui se situe donc autour du début du mois de juin 2011,  il semble que la violence du régime syrien prend des proportions vertigineuses à partir du mois d’août 2011[6]. Il s’agit bien sûr d’indications, mais celles ci peuvent peut être donner quelques arguments à ceux qui réfléchissent à une résolution de ce conflit où près de 90% des victimes sont les civils[7].

Sans compter la situation humanitaire où, à ce jour, ce sont plus de  2,5 millions de syriens qui ont fui leurs maisons, dont 600 000 réfugiés[8]. Enfin 6,8 millions de syriens ont besoin d’une aide d’urgence[9], le nombre de personnes disparues dépasse les 60 000, plus de  200 000 Syriens sont emprisonnés depuis le début de la révolution, sans compter un nombre inconnu de personnes torturées.

C’est donc dans ce contexte qu’après la France et la Grande Bretagne, les Etats Unis s’interrogent sérieusement sur l’opportunité de livrer des armes à l’Armée Syrienne Libre (ASL). L’utilisation d’armes chimique par les forces de Bachard el Assad a visiblement changé l’angle d’analyse de l’administration étasunienne. Pour augmenter la pression sur l’administration Obama, Bob Corker, le sénateur républicain membre du « Foreign relations committee », à déclaré dans une interview à  CBS le mardi 7 mai que : « les Etats Unis allaient bientôt armer l’opposition syrienne »[10].

C’est ce même mardi, que la Russie et les Etats Unis ont affirmé ensemble, leur volonté de trouver une issue diplomatique au conflit, et ce pour la première fois depuis le début de la crise syrienne. Même si des divergences persistent, cette déclaration peut représenter la meilleure nouvelle pour les millions de syriens qui vivent au quotidien des crimes contre l’humanité, de graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

Cette annonce pourrait signifier non plus d’ajouter de nouveaux moyens militaires, mais peut être de penser une désescalade des transferts d’armes dans le pays. Depuis Sergueï Lavrov, cédant sans doute à des pressions internes, a déclaré que la Russie honorera les contrats signés avec le gouvernement syrien[11]. La Russie sait cependant qu’elle doit anticiper un changement radical de sa place dans cette partie du monde et que cela passe par un changement de sa politique vis à vis du régime syrien.  Mais le plus important est la référence de Sergueï Lavrov à l’absence d’accord international  leur défendant de transférer ces armes à Bachar el Assad. Cette référence implicite au vote à l’ONU le 2 avril dernier du traité sur le commerce des armes[12], que le ministre des affaires étrangères russe n’a pu ignorer, annonce-t-elle un début d’anticipation de la part de la Russie en matière de transferts d’armes en direction de la Syrie[13] ?

D’autant que le deuxième grand pays soutien de la Syrie, l’Iran, rentre dans une période d’élection très particulière. Les très sérieuses contradictions qui s’accroissent au sein même du régime iranien, peuvent reléguer la Syrie au second plan de ses priorités. Le peuple iranien, plongé dans une grave crise économique, ne veut plus entendre parler d’un quelconque soutien à la Syrie[14].

Il y a donc une fenêtre que John Kerry et Sergueï Lavrov ont peut être sagement considérée, ils leur reste à convaincre les Etats de la région et peut être l’Union Européenne qui semble avoir disparu des radars. Ce serait enfin un geste fort pour la protection des droits de l’Homme des millions de syriennes et de syriens vivant sous la menace d’un usage irresponsable des armes.

Benoît Muracciole


[2] Suivi de la création de « l’Armée syrienne libre » le 29 juillet 2011

[7] Même s’il est difficile de savoir, dans ces chiffres, si le nombre de soldats tués comprend uniquement les forces du régime ou toutes les forces armées engagées sur le terrain : http://www.strescom.org/briefings/daily-round-ups/item/651-db15313.html

[11] Il s’agirait de S-300 air defense systems, des air- surface missiles pour la défense aérienne mais dont il est facile d’imaginer un usage offensif. Peut être que les Russes ont demandé des garanties sur l’usage comme ils le font dans leur contrat.

[13] Dans l’article 7 sur les autorisations d’exportations le paragraphe 7 stipule : «  Si, après avoir accordé l’autorisation, un État Partie exportateur obtient de nouvelles informations pertinentes, il est encouragé à réexaminer son autorisation, après avoir consulté au besoin l’État importateur. »

[14] Il reste pour l’Iran la question du soutien au Hezbollah, notamment par le biais des livraisons d’armes. Ils anticipent sans doute le départ de Bachard, comme un des scénarios probable, et cherchent sans doute de nouveaux relais dans une Syrie future proche.


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