Quels modèles de campagnes futures pour les ONG internationales ?

20 10 2012

De gauche à droite Firoz Alizada (ICBL), Jody Williams (1997 Nobel Peace Laureate), Dr. Jean-Baptiste Richardier (Handicap International), Stuart Hughes (BBC News), Steve Goose (Human Rights Watch), Susannah Sirkin (Physicians for Human Rights) Nick Roseveare (Mines Advisory Group). Photo Benoît Muracciole

Hier soir à New York, la campagne internationale pour l’interdiction des mines anti personnelles[1] – ou International Campaign to Ban Landmines (ICBL) – fêtait son 20° anniversaire. Prix Nobel en 1997 cette campagne a été pour beaucoup d’entre nous, ONG travaillant sur la régulation ou l’interdiction de certaines armes, un modèle. Avec l’obtention du prix Nobel de la paix elle a donné un véritable élan aux ONG pour influencer positivement les gouvernements dans une démarche plus responsable dans ce domaine. Car, même si aucun des pays majeurs dans la production et l’utilisation des mines n’étaient parti du traité, la porte s’était entrouverte pour les ONG qui, comme Amnesty International et la fondation Arias, commençaient à réfléchir sur les moyens d’obtenir une Convention International sur les transferts d’armes classiques.

L’occasion était aussi belle de revoir quelques uns des membres actifs de cette coalition internationale qui a réuni plus de 1 200 ONG à travers le monde. J’avais eu en effet le plaisir de travailler notamment avec Mereso Agina et Alejandro Bandana[2]  lorsque nous étions membre du Conseil d’administration de Réseau d’Action International sur les Armes Légères (RAIAL). Par la suite et tout au long de la campagne pour le traité sur le commerce des armes j’ai continué de rencontrer des militants venus de tous les continents, ayant joué un rôle dans cette campagne. Je me réjouissais donc de revoir quelques uns de mes amis et ma surprise n’en a été que plus grande. Je découvre en effet sur la scène un panel de responsables d’ONG occidentales peu à l’image internationale que je m’étais faite de la campagne. Il me revient aussitôt des images du film « Rythme de travail » de Jean Rouch et d’Edgard Morin, les deux compères avaient, dès 1976, moqué cette surreprésentation de l’occident pour parler du « Tiers Monde ». Dans le film c’était un comédien noir qui interprétant un  balayeur malien de son état, s’annonçait comme le seul représentant du « Tiers Monde ».  Cette fois près de 40 ans après, pour représenter une campagne internationale qui a été engagée dans plus de 100 pays, c’est un Afghan, Firoz Alizada, qui fait office de représentant du « reste du monde ». Où sont les autres ? Tout ceux qui ont aussi construit cette campagne, convaincus les gouvernements de leurs régions de s’engager dans cette Convention d’Ottawa[3] ? Ne seraient ils bons que pour représenter les victimes de ces armes terribles est inhumaines et incapable d’analyses ?

Désolé pour toutes ces ONG occidentales pleines de bonnes intentions, comme les bons missionnaires du XIX° siècle, mais il est grand temps pour une bonne révolution Copernicienne. Car l’impact désastreux n’est pas seulement médiatique, il est aussi le signe d’un blocage profond dans la conception et de l’équilibre même du monde dans lequel nous vivons. Le XXI° siècle peut être celui des droits de l’Homme, mais ils ne peuvent être des droits conceptuels défendus dans les instances internationales par une minorité. Les droits de l’Homme sont une pratique universelle au quotidien.

C’est pour cela que quelques uns d’entre nous nous sommes engagés, il y a plus de 10 ans, pour un traité sur le commerce des armes. Non pas un traité comme une finalité, mais comme un outil supplémentaire de protection de ces droits. Les droits de l’Homme comme l’essence même de la mondialisation.

Benoît Muracciole


[1] Pour ceux qui voudraient d’ailleurs en savoir plus sur cette campagne le site web de cette grande coalition internationale  est accessible en anglais et pour quelques pages dans une dizaine de langues :

http://www.icbl.org/index.php/icbl/Languages/fr

[2] Responsables alors de la campagne respectivement pour le Kenya et le Nicaragua.

[3] Les faits sont encore plus cruels puisque un des plus gros Etat producteur, les Etats Unies, ne sont toujours pas parti à la Convention d’Ottawa.

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