Journée pluvieuse pour le Traité sur le commerce des armes

15 02 2012

De gauche droite : Amanda Campese, Suzan Waltz, Oscar Arias, Eduardo Ulibarri qui préside le panel, Bob Mtonga, David Ives. Photo Benoît Muracciole

Journée qui s’annonçait plutôt sous de bons augure avec la Saint Valentin et des autocollants «  J’aime le Traité sur le commerce des armes » distribués aux délégués à l’entrée de la salle de négociations…

Par contre le texte était en anglais car comme trop souvent, la campagne Contrôlez les armes n’a pas eu le temps de les traduire dans les autres langues. Même pas celles de l’ONU à savoir : Anglais, Arabe, Chinois, Espagnol, Français et Russe. Faut dire que c’est compliqué de vouloir tout traduire pour s’adresser au monde alors que le monde n’a qu’à faire l’effort de parler l’anglais…

Mais dans la salle et avec la traduction, les délégués continuent de s’affronter sur la question du consensus, mais là au moins, cela se fait dans les 6 langues officielles des Nations unies. Je dirais même plus, aujourd’hui ça coince !

Malgré un grand déséquilibre entre les pour et les contre, personne n’avait trouvé de solution lorsque le Président a levé la séance. Le même petit groupe, principalement une partie des Etats du groupe Arabe + la Chine et la Russie  veut une application fermée du le consensus. Alors que pour l’immense majorité des Etats, et pour reprendre l’expression de quelques uns d’entre eux ; il n’y rien de convenu tant que tout n’est pas convenu, en d’autre terme le seul moment où la question du consensus sera posée sera pour la négociation finale de l’ensemble du texte à la fin de la conférence de juillet.

Journée laborieuse donc, même si dans leur dernière déclaration les Egyptiens, toujours au nom du groupe arabe, ont laissé entrevoir quelques avancées possible. Une autre rencontre devait se tenir dans la foulée entre « les pour et les contre », peut être en saurons nous plus demain. Bien entendu, il se joue là  pour les Etats sceptiques un peu plus que la question du consensus.  Demain nous donnera donc, je l’espère, quelques indications sur l’état des rapports de forces exprimés en plénière. Mais c’est aussi un test sérieux sur la capacité du Président Moritan à permettre à tous de sortir la tête haute de l’exercice, sans perdre la dynamique de ces dernières années.  Première épreuve de l’année 2012 pour le TCA, cela pourrait être problématique si l’on ne sortait pas de ce blocage, car il pourrait affaiblir le démarrage des négociations en juillet prochain.

Enfin heureusement entre la session du matin et celle de l’après midi, les prix Nobel de la Paix : Amnesty International, Oscar Arias  et sa Fondation, l’Albert Schweitzer Institute et l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW) organisaient un événement pour redonner un peu de couleur sur les joues pâles des nombreux délégués présents[1].

Oscar Arias,  fut deux fois Président de la République du Costa Rica[2] et qui reçut le Nobel de la Paix en 1987 pour avoir facilité la résolution du conflit entre le Guatemala, El Salvador, Honduras, and Nicaragua. Sa présence était d’autant plus justifiée qu’il fut également présent dans le lancement de l’initiative des Nobel de la Paix[3] avec Rigoberta Menchu, Amnesty International,  Albert Schweizer Institute, IPPNW, le Dalaï Lama, Desmond Tutu, Ellie Wiesel. Oscar Arias a rappelé que les principaux producteurs d’armes avaient aussi des devoirs. Qu’il est trop compliqué pour eux aujourd’hui d’ignorer les situations leurs armes alimentant ou participant aux graves violations du droit international relatif aux droits de l’homme et du droit international humanitaire. Il y avait du souffle dans ce discours qui a renouvelé d’un seul coup l’air un peu vicié de la salle de conférence. Il a également rendu hommage à tout ceux qui se sont investis depuis si longtemps sur ce projet, sans reculer devant les obstacles innombrables que certains Etats ont pu dresser depuis 1997.

Suzan Waltz, ancienne Présidente du mouvement Amnesty International, a rappelé que les obligations existantes des Etats les liaient aux droits de la personne, dont les droits économiques sociaux et culturels, et au droit international humanitaire[4]. Il y a là un devoir moral qui doit se traduire par une obligation juridique des Etats dans l’évaluation du risque d’usage des armes classiques.

Bob Mtonga co-Président de IPPW et tout regonflé de la récente victoire Zambienne en Coupe d’Afrique des Nations,  a parlé du coup de ces transferts d’armes parfois faiblement régulés. Quand les dispensaires, les cliniques et les hôpitaux sont pillés ou détruits, en général par le dernier groupe armé entré dans les lieux, il devient impossible de se faire soigner comme en République Démocratique du Congo où plus de 5 millions de personnes sont mortes dont 90% des causes indirectes du conflit. Il parle également du coût des soins – pour retirer les balles d’armes légères et de petits calibres  où des éclats d’obus – pour des sociétés dont le développement socio- économique est déjà à la peine.

Enfin David Ives, de l’Albert Schweitzer Institute, rappelle que la violence armée[5] ne s’exerce pas uniquement dans les conflits. Dans de trop nombreux pays,  ou la pauvreté est endémique, les gangs ou les cartels font régner la terreur au quotidien sur tous les habitants. C’est  donc aussi pour sortir de la menace de cette violence armée qu’il est essentiel de  mettre dans ce traité, les principes sur les droits humains et le droit international humanitaire comme défendus par Amnesty International et le CICR.

Benoît Muracciole


[1] Plus près de 170 personnes ont participés à cet événement

[2] Qui a dissous son armée en 1948 en déclarant la Paix au monde

[5] La violence armée est définie par le recours illégal à la force physique impliquant l’utilisation d’armes à feu


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