Le rideau se lève sur les dernières négociations du traité international sur le commerce des armes pour 2011

12 07 2011

Salle des négociations ONU, photo Benoît Muracciole

Comme dans le début des pièces de théâtre nous avons eu une mise en bouche plutôt  classique des participants. Les acteurs ne prennent pas trop le risque de dévoiler ce que sera la pièce de la semaine. Les déclarations de ce premier jour sont donc rester dans l’impression générale avec quelques tendances Newtoniennes, pour certaines délégations comme la Russie, à souligner que ces négociations pour le traité sur le commerce des armes sont mal embouchées, les négociations pas les russes. Mais à part l’expression de l’âme Russe, au fond pourquoi les croire. Ils ont un système de contrôle assez strict et vont même jusqu’à faire des inspections,  dans le pays importateur, pour éviter le risque de diversion. Ils sentent bien au fond d’eux même que leur législation ne suffit pas vu les nombreuses armes russes retrouvées notamment au Soudan.[1] Car comme écrivait Tolstoï à Romain Rolland :« De toutes les sciences que l’homme peut et doit savoir, la principale, c’est la science de vivre de manière à faire le moins de mal et le plus de bien possible ».

Pour prendre, au hasard, un autre pays je dirais que la Chine est restée, cachée, prudente sachant accompagner le processus avec la lenteur de rythme que trouvent les vieux pratiquants de Taï Chi. Vous savez cet art martial interne ou l’on croient qu’ils ne bougent pas tant leurs mouvements sont lents mais qui à la fin accomplissent tout de même une forme qui n’est pas toujours vertueuse[2]. Comment pourraient-ils sans offenser les pays d’Afrique, combattre ce traité qui pourrait sécuriser leur approvisionnement en matières premières, venant justement du continent africain ? Il y a là une pensée de maître Kong[3] dans l’art de gouverner qui pourrait les aider : « Celui qui gouverne doit avoir soin que les vivres ne manquent pas, que les forces militaires soient suffisantes, que le peuple lui donne sa confiance. » Tzeu koung dit : « S’il était absolument nécessaire de négliger une de ces trois choses, laquelle conviendrait-il de négliger ? – Les forces militaires », répondit Confucius. « Et s’il était absolument nécessaire d’en négliger encore une seconde, dit Tzeu koung, quelle serait-elle ? – Les vivres, répondit Confucius, car de tout temps les hommes ont été sujets à la mort, mais si le peuple n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’en est fait de lui. ». Malheureusement je n’ai pas encore eu l’occasion de glisser cette citation au délégué chinois mais demain les ONG africaines vont rencontrer la délégation chinoise alors tout est ouvert.
Et puis il y a aussi le Pakistan. Ce pays vit quelques moments délicats quant à sa toute puissance. Après l’exécution extra judiciaire de Ben Laden et les questions de bon sens qui se sont posées sur l’attitude d’une partie de l’armée, face à AL Qaida. Ce sont maintenant les Etats Unis qui coupe plus d’un tiers de leur aide militaire, 800 millions d’euros, et à l’ancienne, unilatéralement et officiellement afin de mettre un peu d’humiliation dans l’affaire. Et bien pour le Pakistan ça fait beaucoup et il faut bien qu’il passe sa mauvaise humeur quelque part non. Attention quand même car ce traité n’est pas une affaire des pays occidentaux, plus personne ne croit véritablement à cette gentille fable, il fa falloir que ce pays passe du coté des pays responsables aux yeux de tous pas beaucoup de choix.

Enfin dans la journée des « moins positifs » Cuba a tenté d’enfoncer un petit coin mais rien de nouveau sous son ciel non plus, surtout rien qui puisse faire oublier une présence massive des délégués. Je n’ai jamais vu une telle salle depuis le début de la campagne en 2003 et de mémoire de négociateurs chevronnés cela est très rare dans les autres commissions des affaires onusiennes.

Et pour contrebalancer cette vision un peu poussive de la journée il y a eu des déclarations des Etats intéressantes, je reviendrais dessus demain, et également près de 140 membres d’ONG venant de toutes les parties du monde. Si cela donne une joyeuse présence, cela ne donne pas forcement une capacité de contre proposition qui puisse faire bouger les Etats vers un TCA fort et efficace, avec les droits de l’homme comme arbre de vie. Là encore les jours à venir nous dirons combien seront capables de rentrer dans la complexité que pose la régulation des transferts d’armes et combien vont préférer rêver un nouveau conte pour les générations futures.

« Je parle pour dans dix siècle, on aura beau me rire au nez, cela dépend de quel rire… » disait Léo Ferré.

Benoît Muracciole

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