Les armes US dans les rues de Monterrey au Mexique (Episode 1)

11 04 2011

Message d'interdiction de port d'armes dans le métro a Mexico City. Photo Benoît Muracciole

Je suis au Mexique à Monterrey, à l’invitation du Ambulante Film Festival[1], pour présenter le film de David André et Paul Moreira « Armes, trafic et raisons d’État ». Un festival qui se déroule pendant trois mois dans  près de 15 villes du Mexique et qui traite, par le biais notamment du documentaire, des questions sociales et culturelles du moment. Si j’ai animé de nombreux débats après la projection de « Armes, trafic et raisons d’État », c’est la première fois que je le commente dans une situation de violence armée plus que préoccupante.

Cette semaine soixante douze personnes ont été retrouvées mortes, assassinées dans le nord du Mexique.

Combien en faut il encore pour faire bouger efficacement les États Unis ?

Quelques chiffres sur la situation de la violence des cartels au Mexique :

En quatre ans  la « guerre de la drogue » a fait plus de 30 000 victimes auprès de la population mexicaine, ce qui est quand même considérable pour un pays qui ne produit pas d’armes.

Une étude du Centre Brady « to prevent gun violence[2] » montre qu’en 2010 les USA ont perdu la trace de 21 041 armes à feu, dont des fusils d’assaut AK47 et AR 15[3].

AR 15 fusil d'assaut, notamment utilisé par les narco-trafiquants Mexicains

Selon les estimations les plus crédibles, entre 80 et 90% des armes utilisées au Mexique par les cartels viennent aujourd’hui des États Unis.

Douze des plus importantes armureries des USA se trouvent au Texas (9), en Arizona (2) et en Californie (1) et il y a plus de 3 000 au Texas même.

Plus de 115 armes à feu ont été saisies par la police et les militaires au Mexique ces deux dernières années, elles venaient de quatre magasins de la chaine « Carter’s country », situés dans les environs d’Houston au Texas.

Il y a 3 800 armureries au Texas dont 300 à Houston. « De quoi faire le tour de la ville pendant presque un mois en achetant des armes sans se trouver dans le même magasin[4] ».

Mais que fait la Police ?

En 2006, la réaction des autorités étasuniennes a été à la hauteur du pays, spectaculaire, avec un budget de 60 millions de $. Le « Project Gunrunner [5]» a mobilisé de plus de 220 agents ainsi que 165 inspecteurs qui ont contrôlé les armuriers. L’idée étant de tracer les armes vendues à partir du territoire des États Unis mais sans grand succès. Sur les plus de 70 000 armes disparues des registres en quatre ans, seul plus de 400 ont été confisquées, et ce ne sont pas les plus de 20 500 agents des douanes et de la protection des frontières[6] en place l’année passée qui ont augmenté les saisies.

Car vous aurez beau mettre un million de personnes pour la surveillance des frontières, si la faiblesse de la loi ne permet pas de poursuivre efficacement les revendeurs, les armes continueront de nourrir la violence au Mexique ou dans d’autres pays. Elle augmente même parfois le sécurité des honnêtes citoyens qui sont parfois victimes de l’emploi excessif de la force. C’est ce que notent de nombreux officiers d’ATF qui se plaignent de ne pouvoir avoir les moyens juridique de poursuivre les trafiquants.

En cela l’exemple de George Iknadosian est édifiant. Propriétaire de l’armurerie «  X-Caliber » à Phoenix en Arizona. Il avait vendu 710 armes, connues pour être appréciées des cartels mexicains, dont des Kalachnikov et des SKS-styles rifles. Au moins 86 de ces armes, entre 2005 et 2008, avaient été identifiées par les agents de l’ATF comme étant impliquées dans une violation de la loi aux USA ou au Mexique. Pourtant le procureur de Phoenix a refusé de le poursuivre n’ayant pas les ressources financières pour le faire.  Les agents se sont donc tournés vers le procureur de l’Arizona, mais ce dernier, malgré un travail d’une année en lien étroit avec la police de Phoenix,  s’est cassé les dents. Le juge Robert Gottsfield en charge de cette affaire l’a rejeté avant qu’elle n’aille devant un jury et  ce bon citoyen étasunien est reparti libre comme l’air…

SKS rifle fusil d'assaut

Cette faiblesse de la loi[7] dans le contrôle des transferts d’armes aux États unis est la raison majeure de cette absence d’efficacité dans la lutte contre les cartels du Mexique. Il y en a certes d’autres, notamment de types sociales, économiques et culturelles, mais ce que dit le projet de traité international sur le commerce des armes est ici bien prégnant : « Sans un instrument juridique international régulant le transfert des armes, il n’y aura pas de baisse significative des crimes et autres violations des droits humains ».

Benoît Muracciole

Action Sécurité Éthique Républicaines (ASER)


[3] voir photo début blog

[4] Déclaration de l’agent spécial d’ATF J. Dewey Webb http://www.washingtonpost.com/wp-srv/special/nation/guns/

[6] Ils étaient 10 000 en 2004

[7] Le directeur exécutif de la NRA, Chris W. Cox, déclarait qu’il trouvait que c’était un « triste fantasme » de penser que la loi étasunienne était à l’origine de l’armement des cartels mexicains…


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