Du respect droits humains et des principes de l’ONU sur l’usage de la force en Côte d’Ivoire

4 04 2011

l'absence de l'ONU sur la protection des droits humains en Côte d'Ivoire

Les forces républicaines fidèles à Alassane Ouattara sont entrées dans Abidjan vendredi 1er avril 2011. Dans la logique annoncée par la communauté internationale l’information est plutôt bonne. Le Président élu de la Côte d’Ivoire va enfin pouvoir s’installer dans le palais  présidentiel et le droit des élections va être respecté. Mais le problème est que, dans ce conflit qui dure ouvertement depuis 9 longues années, la vérité n’est pas aussi simple. Elle mériterait sans doute de regarder un peu plus du coté du respect des droits humains.

Et là il y a une responsabilité des deux camps devant l’article premier de la Charte des Nations unies qui attend des gouvernements de développer et encourager: « … le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, ce sexe, de langue ou de religion; »

Depuis le début du conflit les forces de part et d’autres ont été responsables de graves violations des droits de la personne sans qu’il n’y ai eu de tentative d’en traduire les responsables en justice[1]. Le langage de la haine a été plusieurs fois entendu dans les médias sous contrôle de Laurent Gbagbo. La question de l’ivoirité, notamment, a été posée de façon aussi dangereuse que possible.

Ces derniers jours la violence contre les civils a de nouveau repris à grande échelle, les témoignages affluents pour dire que les forces des deux camps sont responsables de la mort de plus de 800 personnes à Duékoué[2]. Des charniers on été découvert à Toulepleu, Blolequin et Guiglo dans l’ouest du pays et cette fois se sont les forces restées fidèles à Laurent Gbagbo qui sont désignées.

Mais que fait l’ONU en Côte d’Ivoire ?

D’abord le positif ; l’embargo sur les armes commence à porter ses fruits. La Biélorussie, qui avait accepté de vendre du matériel de guerre au camp de Laurent Gbagbo, a du reculer sous la pression de l’ONU[3]. Le rapport des experts  dénonçant une violation de l’embargo a eu de l’effet et l’avion chargé d’armes biélorusses a fait demi-tour. L’intermédiaire Robert Montoya[4], qui en avait organisé la livraison, a été mis en échec, prouvant là que des mesures prises concernant les transferts d’armes pouvaient avoir un effet positif réel. Moins d’armes ne signifient pas un arrêt immédiat de la violence mais au moins un net recul dans son ampleur.

Par contre le négatif reste les déclarations des gouvernements[5]. Ceux ci continuent d’appeler au départ de Laurent Gbagbo et à la retenue dans l’usage de la force à l’encontre des civils, mais aucun d’entre eux n’a ordonné à l’ONUCI de respecter le chapitre VII[6] de son intervention pour protéger ces mêmes civils. Or la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 mars 2011 rappelle : « tout en soulignant qu’il l’a assurée de son plein appui à cet égard, qu’il a autorisé l’ONUCI, dans le cadre de l’exécution impartiale de son mandat, à utiliser tous les moyens nécessaires pour s’acquitter de la tâche qui lui incombe de protéger les civils menacés d’actes de violence physique imminente, dans la limite de ses capacités et dans ses zones de déploiement, y compris pour empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population civile, et prie le Secrétaire général de le tenir informé de manière urgente des mesures prises et des efforts faits à cet égard; »

Et c’est là ou la force de la communauté internationale s’épuise car elle ne sait pas répondre efficacement à cette nécessité de protection des droits des personnes. Non pas que l’exercice soit aisé dans le temps de la crise, mais parce qu’elle ne se donne pas les moyens de prévenir celles ci. Les budgets de désarmement, démobilisation et de réinsertion (DDR) subit toujours de graves insuffisances financières.  L’encadrement strict des forces armées et de polices en souffre également, en terme de solde[7], mais aussi en terme de formation sur les principes de l’ONU sur l’usage de la force et des armes à feu[8]. Enfin la question des moyens de la justice pour assurer que les responsables de toutes violations des droits de la personne et du droit international humanitaire seront traduit en justice.

C’est ce que doit déclarer le Président Alassane Ouattara s’il veut sauver son pays d’un plus grand chaos et surtout avancer dans la culture de la Paix. Il doit s’engager publiquement à poursuivre toutes les personnes qui sont susceptibles d’avoir commis des violations des droits humains (VDH) et d’ouvrir une enquête indépendante et impartiale immédiatement. C’est presque ce que Guillaume Soros a déclaré, en affirmant sur TV5 qu’ils lutteront contre toute impunité pour les responsables de VDH. Nous suivrons la situation avec attention pour savoir si ces déclarations ont été suivies de faits.

Je ne suis volontairement pas rentré dans une explication ethnique du conflit parce qu’elle représente depuis des années le prisme principal par lequel les pays du nord légitiment les graves violations des droits de l’homme sur le continent Africain. Les ethnies existent, comme partout, et sont instrumentalisées, comme partout. Elles ont simplement d’autres appellations comme « identité régionale », « communauté d’origine étrangères» ou «  émigré deuxième génération».

Benoît Muracciole

Action Sécurité Éthique Républicaines (ASER)


[1] Voir notamment les rapports d’Amnesty International

[2] Caritas, ACF ainsi que le CICR ont témoigné dans ce sens en désignant, pour le moment, les deux camps comme responsables.

[3] Voir le rapport des experts de l’ONU sur la Côte d’Ivoire

[4] voir blog précédent

[5] L’union Européenne, les États Unis et la France. Je reste convaincu que la France est encore trop impliqué, dans son histoire de colonisateur avec la Côte d’Ivoire, pour  être perçue comme un intervenant impartial, elle doit se retirer de ce conflit et travailler au sein de l’UE.

[6] Le chapitre VII des Nations unies donne une obligation de protéger les droits des personnes

[7] Des militaires et des policiers qui ne peuvent subvenir à leurs besoins rackettent, pillent, en bref se payent sur les populations civiles.

[8] Voir dans la rubrique rapport du blog


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