Les ONG pour le traité sur le commerce des armes au Nations unies

18 03 2013
Le monde nous regarde. Photo Benoît Muracciole

Le monde nous regarde. Photo Benoît Muracciole

La dernière résolution de l’Assemblée Générale de L’ONU d’octobre dernier A/C.I/67/L11[1] offre une nouvelle opportunité aux Etats d’aller au bout de leurs responsabilités devant la charte des Nations unies « afin d’élaborer, dans l’ouverture et la transparence, le texte  définitif du Traité sur le commerce des armes[2] ». L’échec des négociations à Kampala entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo et le M23[3], les violences continues notamment en Afghanistan, au Honduras, en Irak, en Libye, au Mali, au Mexique, en Syrie sont les défis  immédiats auxquels les 193 Etats membres de l’ONU se doivent de répondre efficacement.

Cette fois les Etats Unis, coupables de s’être préoccupés de politique intérieure en juillet dernier, sont en « résilience ». Conscients des enjeux, ils ont affirmé par la voix du Secrétaire d’Etat John Kerry : « Nous soutenons un traité qui rapprochera tous les pays des meilleures pratiques internationales existantes, que nous respectons déjà, tout en préservant les décisions nationales responsables de transférer des armes classiques[4] ». Cette déclaration est importante. Nous savons que ce traité n’aura de sens que si les plus grands exportateurs y sont engagés, sans cela les armes continueront d’affluer dans les pays en conflit ainsi que dans les zones où la violence armée est tragique.

Avec ce processus, nous sommes de fait dans une logique inverse des références souvent citées par certaines ONG, les traités d’Ottawa et d’Oslo. Car si le traité d’interdiction des mines anti personnels d’Ottawa – c’est moins vrai pour les sous munitions d’Oslo – a eu un impact, c’est parce que c’était la première fois que les ONG se mêlaient des affaires d’armements. Elles démontraient ainsi leurs nouvelles capacités à influer dans un domaine réservé jusqu’alors aux Etats. L’absence des plus grands producteurs de mines anti personnels dans la longue liste des ratifications de ce traité avait moins d’importance car l’image était plus forte que la réalité. Celle ci a eu une influence positive sur la pratique de ces mêmes pays d’autant qu’à une question binaire bornée  correspondait une réponse de même nature : pour ou contre les mines anti personnels.

Mais il ne s’agissait pas de régulation des transferts d’armes classiques qui induisent presque mécaniquement des questions de souveraineté, d’influence géopolitique et de sécurité nationale des Etats. S’il est tentant pour certaines ONG d’oublier ces fondamentaux, elles ne peuvent oublier qu’elles sont engagées, elles aussi devant les centaines de millions de personnes qui exigent un résultat convaincant et efficace de cette conférence qui s’organise au tour de ces principes simples :

  • Nous devons obtenir l’engagement des Etats à ne pas exporter d’armes s’il y a un risque prédominant qu’elles soient utilisées ou qu’elles facilitent quelques graves violations des droits de l’Homme ou du droit international humanitaire.
  • Nous devons obtenir des Etats la transparence sur les transferts d’armes afin de bâtir la confiance entre Etats ainsi qu’avec les sociétés civiles.
  • Nous devons obtenir des Etats la possibilité de faire évoluer ce traité en lien avec les nouveaux enjeux de nos sociétés à venir.

Notre rôle d’ONG ici est donc au mieux de convaincre les irréductibles opposants, comme notamment l’Egypte, la Syrie, la Corée du Nord, l’Iran, de leur intérêt à ce traité. Au pire de leur faire comprendre que le coup politique de leur opposition sera lourd et pénible à porter. Que leur isolement de la communauté internationale est un prix trop lourd à payer aux yeux même de leurs propres populations.

Mais notre rôle est aussi de convaincre les principaux producteurs d’armes de transformer ce texte du 26 juillet[5] dernier dans le respect du droit international existant. De profiter des quelques scories de ce texte, base des négociations, pour le consolider juridiquement et techniquement et de les garder à bord. De se préserver de penser un traité idéal « pour dans dix siècles[6] » sans l’engagement de ces pays représentant plus de 90% des exportations d’armes classiques mondiales car sinon nous savons que les transferts d’armes irresponsables continueront d’inonder les pays où la violence des armes fait loi.

Nous, ONG nationales et internationales, sommes tenues par les mêmes principes que nous exigeons des Etats : d’être garants de nos engagements et de rendre des comptes.

Etats et ONG,  sommes tenus moralement devant les populations à travers le monde qui attendent enfin un premier accord dans les 11 prochains jours. Des millions de femmes, d’hommes et  d’enfants sont dans l’urgence et nous regardent. A nous tous d’y répondre dans la force, la conviction et la responsabilité afin de pouvoir commencer demain l’immense chantier de la mise en œuvre du traité.

Benoît Muracciole





République Démocratique du Congo (RDC), mais qui souhaite arrêter cette guerre ?

12 12 2012

M23

1996 puis août 1998 sont les dates qui marquent le début d’une des plus grandes catastrophes humanitaires depuis la seconde guerre mondiale. L’estimation de l’International Rescue Committee donne, entre 1998 et 2007, plus de 5,4 millions de personnes mortes directement ou indirectement  des suites du conflit[1]. Ce pays aux ressources naturelles extraordinaires[2] reste un des pays ou l’espérance de vie est  dramatique et ou la pauvreté continue d’avancer.

En 2001, puis en 2004 je faisais parti d’une mission en RDC pour Amnesty International. Les semaines que nous avons passées nous ont permis, grâce aux nombreux et courageux défenseuses et défenseurs des droits de l’Homme congolais de rassembler des éléments qui montraient l’implication notamment de l’Ouganda, du Rwanda dans les crimes contre l’humanité en RDC. En 2004, lors notre mission en Iturie nous avions par exemple réunis des témoignages sur la responsabilité de  Bosco Ntaganda dans de graves violations des droits de l’Homme. Ce militaire faisait déjà parler de lui par la commission de crimes de guerre, crimes imprescriptibles au regard du droit international humanitaire[3], par le recrutement forcé d’enfants soldats[4].

En juillet 2005, un rapport d’Amnesty International dénonçait les livraisons massives d’armes dans les grands lacs[5]. Un autre rapport en 2006 « Dead on time[6] », confirmait s’il en était besoin l’implication du Rwanda et de l’Ouganda dans le soutien de groupes armés non étatiques, responsables de graves violations des droits de l’Homme en RDC. Pour couronner le quotidien des citoyens congolais, les forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) participaient elles aussi aux graves violations des droits de l’Homme contre leurs propres citoyens[7].

Malgré toutes ces substantielles informations fournies par les ONG, des Etats comme la Belgique, la Chine, la France, les Etats Unis, la Grande Bretagne, la Russie… ont continué de soutenir les gouvernements congolais, ougandais ou rwandais. Ce soutien s’est réalisé, parfois indirectement, par des transferts de matériels militaires ou de formations militaires sans que l’on ait pu y observer une amélioration quant au respect du droit international relatif aux droits de l’Homme ou au droit international humanitaire.

Pourtant la République Démocratique du Congo est sans doute un des pays qui, à son corps défendant  représente le mieux l’urgence d’un traité sur le commerce des armes.

Un changement de la donne dans les transferts d’armes ?

En juin 2012, quelques jours avant l’ouverture de la conférence à l’ONU des négociations du TCA, un rapport d’expert des Nations unies montre l’implication de l’Ouganda et du Rwanda dans le soutien armé à un nouveau groupe armé non étatique le M23[8]. Il est dirigé par une vieille connaissance Bosco Ntanganda et piloté depuis Kigali, capitale du Rwanda, par son ministre de la défense, James Kabarebe. Le Rwanda allant jusqu’à mettre une fois de plus à disposition des soldats nationaux pour soutenir les actions du M23 dans l’est de la RDC. Un nouveau rapport des experts de l’ONU, au mois de novembre, confirmait largement les informations que les ONG présentaient depuis maintenant plus de 10 ans [9].

Juillet 2012, un premier haut responsable  politique  réagit à ce rapport. Ce n’est pas n’importe qui, Stephen Rapp est ambassadeur étasunien chargé de la justice pénale internationale au département d’Etat. Il déclare que le Président rwandais, Paul Kagamé, pourrait être sous le coup de poursuites de la CPI pour  avoir armé des groupes armés, le M23 en l’occurrence, responsables de crimes contre l’humanité[10]. Les Etats Unis ont suspendu une aide militaire de 200 000$ au Rwanda[11].

Les britanniques, un peu plus longs à la détente, viennent finalement, par l’intermédiaire de l’ancien secrétaire d’Etat au développement Andrew Mitchell, d’accorder une aide à l’Ouganda et au Rwanda. C’est pour le moins dommageable pour la Grande Bretagne qui se veut être le champion du futur TCA, mais cela est d’autant plus terrible pour les populations civiles.

C’est aussi un mauvais signal pour les négociations entre les différentes parties en conflit, réunies aujourd’hui à Kampala. Les pays occidentaux doivent peser de tout leur poids pour arrêter les transferts d’armes car il n’y aura pas de solution de paix si les armes continuent d’équiper les armées ou groupes armés dans la région.

Ce sera une excellente occasion pour tous, de  se mettre en conformité avec leurs engagement internationaux notamment, la responsabilité d’un Etat dans son soutien à un autre Etat pour faits internationalement illicites[12].

Il en va de la vie quotidienne de centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes congolais.

Benoît Muracciole


[4] En 2006 était émis le premier mandat d’arrêt par la Cour pénal internationale : http://www.icc-cpi.int/iccdocs/doc/doc305328.PDF

[5] Le flux d’armes à destination de l’est : http://armerdesarmer.files.wordpress.com/2010/10/rapport-rdc-2005.pdf

[8] Ce groupe armé porte un nom qui fait référence aux accords de paix du 23 mars 2009 voir : http://radiookapi.net/files/Accord-CNDP-Gvt-23-mars-2009-pdf.pdf?55c0b5

[12] Article 16 de la commission internationale des lois de l’ONU : http://untreaty.un.org/ilc/texts/instruments/francais/commentaires/9_6_2001_francais.pdf





67° Assemblée Générale de l’ONU, New York : Nouvelle résolution pour une conférence finale de négociations du traité sur le commerce des armes en mars 2013

22 10 2012

Nations unies : Reflets. Photo Benoît Muracciole

En fin de semaine, le 17 octobre, les co-auteurs[1] des résolutions du traité sur le commerce des armes en ont déposée une nouvelle afin d’organiser une dernière conférence de négociations en vue d’obtenir, à partir du texte du 26 juillet 2012[2], un accord par consensus. Pour ceux qui ont suivi sur ce blog les négociations de juillet dernier, ce texte représente pour quelques unes des ONG engagées dans ce processus – dont notamment Amnesty International, Caritas Internationalis et une grande partie du  RAIAL[3] – une avancée significative. Car le cœur de ce traité, pour lequel certains d’entre nous se battent depuis plus de 10 années, reste la responsabilité des Etats dans la délivrance des autorisations d’exportations des armes classiques ainsi que dans l’évaluation du risque de leurs usages spécifiquement en termes de droit de l’Homme et de droit international humanitaire. C’est ce que nous avons obtenu avec ce texte. Ce sont précisément ces éléments qui ont « sauvé » cette conférence de juillet dont nous espérions une issue plus heureuse en terme de résultat final[4]. Peut être d’ailleurs n’a-t-il manqué qu’un peu de courage politique aux Etats « champions » pour que l’on voit ce fameux texte du 26 juillet présenté à 67° l’Assemblée Générale, avec quelques légers changements soutenus par une très large majorité d’Etats, pour un vote au deux tiers.

Mais aujourd’hui la page de juillet est tournée et les co-auteurs demandent la tenue d’une conférence FINALE de négociations du futur traité sur le commerce des armes pour le mois de mars 2013. Conscients des risques de ne pas garder « tout le monde à bord », les règles de la négociations se feront sur la base du consensus mais, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, laissant ouverte la possibilité de basculer en Assemblée Générale, et les règles du vote aux deux/tiers si quelques Etats faisaient preuve de mauvaise foi lors de l’adoption du futur texte.

La semaine qui va suivre va donc permettre aux co-auteurs de réunir comme en 2006 un maximum de co-parrainages pour leur résolution, afin de garder une mobilisation maximale des Etats jusqu’à l’obtention du texte en 2013.

Pour nous ONG il s’agit de continuer sur nos stratégies réévaluées lors des négociations de juillet dernier. Car s’il était juste dans un premier temps, de pousser pour un traité qui couvrait toutes les armes classiques avec une évaluation la plus stricte possible, dans la délivrance des autorisations des exportations, le contexte d’une négociation finale ainsi que l’étude du rapport de force existant nous contraint à ce que nous appelions dans nos campagnes la règle SMART. Et dans SMART, en plus de smart bien sûr, il y avait l’idée de se lancer dans une campagne avec un objectif réalisable à court terme pour la raison simple que ce sont d’abord les situations de terrain qui donnent le rythme et la morale de notre travail. La morale défendue par Paul Ricoeur comme la rencontre entre la conviction en un monde plus juste et le réel ou comme l’écrivait Max Weber[5],  la confrontation entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité.

C’est dans ce fragile équilibre que pourrait se jouer cette semaine l’avenir du traité. Il s’agit donc pour les ONG, et notamment pour Controlarms dont nous savons tous qu’ils ont bien des convictions, de bien garder cela en tête. De rompre avec le tout ou rien et de s’engager sur le réalisable – compte tenu des rapports de pouvoirs existants et de la nécessité d’engager les plus importants producteurs d’armes en faveur de ce texte- afin d’en recueillir les résultats au plus vite sur le terrain[6]. Le risque – minime au fond, puisque nous ONG sommes toutes ici pour  la même chose – serait de perdre un peu des paillettes et autres avatars médiatiques… Mais j’ai confiance dans la capacité des individus à intégrer ces éléments essentiels pour comprendre que ce combat pour les droits de l’Homme est un combat pour le Bien Commun où l’individu se met en retrait. Un Bien Commun qui se doit de s’écrire dans la diversité des langues et des cultures et se traduire par une pratique de la représentation en adéquation avec l’équilibre d’un monde moderne.

C’est  dans cet esprit que la coalition Controlarms pourrait s’engager et se détacher ainsi des vieux modèles qui ont trop souvent laissé la parole et les décisions à une minorité nantie afin de gagner enfin en efficacité et crédibilité.

Benoît Muracciole


[1] Argentine, Australie, Costa Rica, Finlande, Grande Bretagne, Japon et Kenya.

[3] Le Réseau d’Action sur les Armes Légères qui connaît quelques

[4] Puisque le retrait de dernière minute des Etats Unies, rejoint par la Chine et la Russie trop content, empêchait son adoption par consensus

[6] Barbara A Frey, Rapporteur spécial chargée de la question de la prévention des violations des droits de l’homme commises à l’aide d’armes de petit calibre et d’armes légères, a observé qu’un accord même modeste dans le contrôle des transferts d’armes à un impact positif sur le terrain.


[1] Argentine, Australie, Costa Rica, Finlande, Grande Bretagne, Japon et Kenya.

[3] Le Réseau d’Action sur les Armes Légères qui connaît quelques

[5] Barbara A Frey, Rapporteur spécial chargée de la question de la prévention des violations des droits de l’homme commises à l’aide d’armes de petit calibre et d’armes légères, a observé qu’un accord même modeste dans le contrôle des transferts d’armes à un impact positif sur le terrain.





Derniers jours de négociations du traité sur le commerce des armes : Quel va être le jeu de la Chine, des Etats Unis, de l’Inde et de la Russie ?

26 07 2012

Les délégués en discussions dans l’attente du texte de Roberto Garcia Moritan. Photo Benoît Muracciole

Depuis samedi et les discussions informelles « commandées » par le président Roberto Garcia Moritan, un certain nombre d’Etat non anglophone commençaient à gronder. Car en plus de faire ces réunions en fin de semaine et de les faire suivre  parfois par de longues soirées, celles ci se discutent en anglais laissant peu de chance à certaines délégations d’intervenir. Le procédé utilisé semble être destiné à un épuisement méticuleux des pays dit « sceptiques » même si dans le même temps il touche un peu tous les pays qui n’ont pas la possibilité d’organiser des relais comme les grandes délégations.

Mais bon, lundi les Etats se sont retrouvés autour d’une fatigue presque partagée et malgré les efforts du président de la commission I, Bouchaib El Oumni, les Etats n’ont pu se mettre d’accord ni sur tous les articles du préambule ni sur les principes du traité. Quant aux  critères, le joyaux du traité, les Etats Unis, la Grande Bretagne et l’Union Européenne ont fait des déclarations, pour des raisons diverses diront ils, peut avenantes sur la proposition de Bouchaib El Oumni qui semblait pourtant constructive. La France restant sur des positions franches d’obligation de refus si le risque substantiel que les armes servent à de graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

Mais, deuxième tactique de Roberto Garcia Moritan, est d’envoyer des leurres comme par exemple revenir indéfiniment sur deux ou trois paragraphes dont il sait déjà qu’il est trop tôt pour obtenir quelque accord.  L’objet est à la fois d’appuyer un peu plus  l’épuisement[1] de la salle mais aussi pour préparer la sortie de son propre texte. En cela la soirée de discussions informelles de lundi, que certains délégués ont eu l’adresse d’éviter, ne faisait que répéter les impasses des deux jours précédents. Car pendant que Bouchaib El Oumni et Paul van den Ijssel faisaient le travail ingrat avec des avancées toujours remises en cause par nos habituels suspects, Moritan / Zorro faisait son travail discret de consultation auprès des délégués.

Avec ce bouillon savamment mijoté pendant ces trois semaines de négociations, mardi matin le tant attendu texte de  Roberto Garcia Moritan est distribué aux délégués. Le mot attente n’est pas exagéré au regard de l’assaut qu’a subit le représentant du secrétariat quand il a distribué le texte. Entouré par un groupe de délégués et d’ONG, il a du même subitement battre en retraite laissant les copies entre quelques mains voraces. L’effet recherché était atteint car comment attaqué un texte que tous attendaient presque avidement.

Le texte :

Dans un premier temps je prendrais à mon compte le début des déclarations de la grande majorité des réactions des Etats : « c’est une bonne base de travail… ».

Mais si sur les critères le signal est positif, avec comme base le travail préparé par Bouchaib El Oumni, le retour au registre des Nations unies dans la dénomination des armes – même si le chapeau indique que celle ci n’est pas exhaustive et que les armes légères et de petit calibres y figurent – est un retour en arrière conséquent. Comme le notait Brian Wood d’Amnesty International, les recherches des 20 dernières années montrent que les armes impliquées dans les graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire ne sont pas dans le registre des Nations unies que ces catégories reprennent.

Les munitions :

Le problème des munitions reste entier malgré une adroite tentative de les intégrer un peu plus bas dans le texte de façon à les détacher de l’obligation de les notifier dans les rapports[2]. Les Etats Unis pourraient accepter cette proposition mais l’écriture même du paragraphe par son ambivalence fini par noyer tout idée de contrôle de leurs transferts.

La Cote d’Ivoire, au nom des Etats de l’Afrique de l’Ouest, a magnifiquement relevé ce manque arguant que son pays et la sous région tout entière continuaient de payer le prix fort de la faiblesse de leur contrôle. Cette déclaration forte à été appuyée par de nombreux autres Etats africains et pas seulement.

Mais il s’agit aussi de faire un effort supplémentaire afin de renforcer le chapeau de la liste des catégories d’armes en ajoutant que cette liste est a minima afin de permettre aux conférences de suivi de la consolider.

Les transferts :

La mention d’export à la place de transferts est déjà restrictive pour champ du contrôle, mais celle de « international trade » l’est encore plus puisque pour quelques futés c’est le moyen de préserver les dons hors de l’évaluation et des critères. Quand on sait que certains Etats comme les Etats Unis ou la Chine en sont les premiers spécialistes vous pouvez imaginer la quantité d’armes qui pourraient être soustraites du TCA.

L’incrimination

« Un des trois piliers du futur traité devra être l’incrimination », c’est ainsi que la France en 2010 présentait son souhait pour un TCA fort et efficace. Aujourd’hui cette partie manque alors qu’elle est la garantie de poursuite de tous les individus ou entreprises qui violeraient les dispositions du futur TCA.

Il reste donc beaucoup à faire et les délégués continuent leur travail en informel pour permettre au Président Roberto Garcia Moritan de rendre sa dernière copie. C’est aujourd’hui jeudi 26 juillet à 15 heures que ce dernier compte le soumettre aux délégués des Etats. Attention il ne faudrait pas qu’il devienne l’Ambassadeur qui a failli deux fois à l’ONU en produisant un texte vide de sens. Je ne le pense pas et je reste persuadé que la montée en puissance du continent africain – les chinois et les USA négocient avec le continent pas avec l’Europe ni l’Amérique latine – sera la clé du succès.

Benoît Muracciole le 25 juillet 2012 12h45


[1] D’autant que pour certains délégués des Etats le Ramadan a commencé depuis 4 jours.

[2] Ce qui n’est pas un problème majeur car les Etats Unis en rendent compte au niveau national et ces informations sont disponibles pour tous.





Petit bilan intermédiaire après deux semaines de négociations du traité sur le commerce des armes

16 07 2012

Evènement du jeudi 12 juillet Amnesty International et le IANSA alertent sur les violences sexuelles. Photos Benoît Muracciole

D’abord il est important de noter que, malgré l’humeur maussade de quelques Etats sceptiques,  l’immense majorité des Etats sont pour un traité fort et efficace allant dans le sens du texte du Président Roberto Garcia Moritan de mars 2012[1].  Cette affirmation simple est largement confirmée par les déclarations des Etats comme je l’ai déjà écris ici. Même à l’intérieur des continents les majorités se déclarant pour des critères intégrant les droits de l’Homme et le droit international avec l’obligation d’une évaluation substantielle du risque d’usage des armes, sont importantes, voir écrasantes.

C’est le cas pour l’Amérique à part les Etats Unis, le Venezuela et Cuba. En effet pour des raisons biens diverses ces Etats, aux vues et intérêts quelques peu divergents, se retrouvent presque sur une ligne sceptique. Les Etats Unis parce qu’ils réagissent encore dans un vieux reflexe de toute puissance, rien de meilleur de ce que nous avons déjà ne peut venir de l’extérieur, oubliant les engagements de leur Président Obama en matière de multilatéral.

Pour Cuba et le Venezuela il y a bien sûr une crainte de se voir refuser de s’armer pour la défense légitime de leurs territoires. On peut comprendre la prudence de Cuba dans ces négociations vis à vis de son énorme voisin du nord. Néanmoins il semble que ce dont ce pays a le plus à craindre aujourd’hui, est l’arrivée massive d’armes. Avec en plus des Etats Unis, Haiti ou leur dissémination provoque un  niveau d’homicide très important[2] et la Jamaïque qui connaît elle aussi un des taux d’homicide les plus élevés du monde[3], Cuba a besoin d’un TCA avec des critères rigoureux sur les droits de l’Homme et le droit international humanitaire.

Pour le Venezuela qui connaît un taux de criminalité semblable à la Jamaïque et à Port au Prince, la position tenue par Hugo Chavez apparaît encore aujourd’hui bien loin des besoins et des urgences de son pays. Nous verrons comment la société civile  vénézuélienne pourra peser dans le bon sens.

Pour le continent Africain nous l’avons écrit et répété ici, pour l’Algérie et l’Egypte il est politiquement suicidaire à moyen terme de s’afficher auprès de la Syrie et de la Corée du Nord. C’est d’autant plus dommageable pour l’Algérie qu’elle n’a pas attendu le TCA pour mettre en place un système de contrôle des exportations d’armes classiques extrêmement rigoureux[4] et qu’elle est partie prenante à toutes les Conventions sur les droits de l’Homme de l’ONU et bien sûr de la Convention de Genève.

L’Union Européenne est également concentrée sur une position cohérente même si la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne sont, en tant que pays exportateurs d’armes majeurs,  les plus engagés dans la volonté d’un TCA fort sur les critères. Seuls les Italiens renâclent et tentent d’exclure les armes civiles de la liste des armes comme si celles ci n’étaient pas utilisées dans de graves violations des droits de l’Homme en Afrique et en Amérique.

L’Océanie, même si le continent est moins important en terme de nombre d’habitants est dans une dynamique extrêmement positive avec l’Australie, le Japon et la Nouvelle Zélande mais aussi la Papouasie Nouvelle Guinée et même Palau qui courageusement est présente avec ses plus de 20 000 habitants.

L’Asie cherche encore, dans une aspiration mêlée de craintes et  d’attirance positive, son intérêt dans le futur TCA. Car cet immense continent est également victime du commerce irresponsable des armes classiques avec l’Afghanistan, le Cambodge, l’Inde, L’Indonésie, L’Irak, le Pakistan et les Philippines… Mais il reste un travail de pédagogie à faire à la fois au niveau des capitales et ici à l’ONU pour convaincre ces Etats de leur intérêt politique et stratégique d’y adhérer. Même la Chine a entrevu pour elle même des avantages comme par exemple d’avoir une Afrique où son approvisionnement en matière première sera libéré des conflits intra étatiques.

Enfin le Moyen Orient dont les peuples appellent tous les jours à l’arrêt des bombardements en Syrie, les arrestations arbitraires qui persistent en Lybie et des forces de l’ordre au Bahreïn, en Egypte qui respectent enfin les procédures les plus élémentaires pour le respect des droits de l’Homme.

De ce magma brulant des deux premières semaines, les Etats se doivent de trouver une issue pour le bien commun de tous. Les Russes ont commencé en recevant les ONG africaines. Ils ont fait par de leur proposition de mettre les critères dans la transposition en droit interne du TCA. Les Etats Unis doivent se souvenir que leur Président à reçu le Prix Nobel de la Paix comme une promesse à venir, il est temps de s’y mettre Barak Obama, le TCA c’est maintenant !

Benoît Muracciole








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