Petit bilan intermédiaire après deux semaines de négociations du traité sur le commerce des armes

16 07 2012

Evènement du jeudi 12 juillet Amnesty International et le IANSA alertent sur les violences sexuelles. Photos Benoît Muracciole

D’abord il est important de noter que, malgré l’humeur maussade de quelques Etats sceptiques,  l’immense majorité des Etats sont pour un traité fort et efficace allant dans le sens du texte du Président Roberto Garcia Moritan de mars 2012[1].  Cette affirmation simple est largement confirmée par les déclarations des Etats comme je l’ai déjà écris ici. Même à l’intérieur des continents les majorités se déclarant pour des critères intégrant les droits de l’Homme et le droit international avec l’obligation d’une évaluation substantielle du risque d’usage des armes, sont importantes, voir écrasantes.

C’est le cas pour l’Amérique à part les Etats Unis, le Venezuela et Cuba. En effet pour des raisons biens diverses ces Etats, aux vues et intérêts quelques peu divergents, se retrouvent presque sur une ligne sceptique. Les Etats Unis parce qu’ils réagissent encore dans un vieux reflexe de toute puissance, rien de meilleur de ce que nous avons déjà ne peut venir de l’extérieur, oubliant les engagements de leur Président Obama en matière de multilatéral.

Pour Cuba et le Venezuela il y a bien sûr une crainte de se voir refuser de s’armer pour la défense légitime de leurs territoires. On peut comprendre la prudence de Cuba dans ces négociations vis à vis de son énorme voisin du nord. Néanmoins il semble que ce dont ce pays a le plus à craindre aujourd’hui, est l’arrivée massive d’armes. Avec en plus des Etats Unis, Haiti ou leur dissémination provoque un  niveau d’homicide très important[2] et la Jamaïque qui connaît elle aussi un des taux d’homicide les plus élevés du monde[3], Cuba a besoin d’un TCA avec des critères rigoureux sur les droits de l’Homme et le droit international humanitaire.

Pour le Venezuela qui connaît un taux de criminalité semblable à la Jamaïque et à Port au Prince, la position tenue par Hugo Chavez apparaît encore aujourd’hui bien loin des besoins et des urgences de son pays. Nous verrons comment la société civile  vénézuélienne pourra peser dans le bon sens.

Pour le continent Africain nous l’avons écrit et répété ici, pour l’Algérie et l’Egypte il est politiquement suicidaire à moyen terme de s’afficher auprès de la Syrie et de la Corée du Nord. C’est d’autant plus dommageable pour l’Algérie qu’elle n’a pas attendu le TCA pour mettre en place un système de contrôle des exportations d’armes classiques extrêmement rigoureux[4] et qu’elle est partie prenante à toutes les Conventions sur les droits de l’Homme de l’ONU et bien sûr de la Convention de Genève.

L’Union Européenne est également concentrée sur une position cohérente même si la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne sont, en tant que pays exportateurs d’armes majeurs,  les plus engagés dans la volonté d’un TCA fort sur les critères. Seuls les Italiens renâclent et tentent d’exclure les armes civiles de la liste des armes comme si celles ci n’étaient pas utilisées dans de graves violations des droits de l’Homme en Afrique et en Amérique.

L’Océanie, même si le continent est moins important en terme de nombre d’habitants est dans une dynamique extrêmement positive avec l’Australie, le Japon et la Nouvelle Zélande mais aussi la Papouasie Nouvelle Guinée et même Palau qui courageusement est présente avec ses plus de 20 000 habitants.

L’Asie cherche encore, dans une aspiration mêlée de craintes et  d’attirance positive, son intérêt dans le futur TCA. Car cet immense continent est également victime du commerce irresponsable des armes classiques avec l’Afghanistan, le Cambodge, l’Inde, L’Indonésie, L’Irak, le Pakistan et les Philippines… Mais il reste un travail de pédagogie à faire à la fois au niveau des capitales et ici à l’ONU pour convaincre ces Etats de leur intérêt politique et stratégique d’y adhérer. Même la Chine a entrevu pour elle même des avantages comme par exemple d’avoir une Afrique où son approvisionnement en matière première sera libéré des conflits intra étatiques.

Enfin le Moyen Orient dont les peuples appellent tous les jours à l’arrêt des bombardements en Syrie, les arrestations arbitraires qui persistent en Lybie et des forces de l’ordre au Bahreïn, en Egypte qui respectent enfin les procédures les plus élémentaires pour le respect des droits de l’Homme.

De ce magma brulant des deux premières semaines, les Etats se doivent de trouver une issue pour le bien commun de tous. Les Russes ont commencé en recevant les ONG africaines. Ils ont fait par de leur proposition de mettre les critères dans la transposition en droit interne du TCA. Les Etats Unis doivent se souvenir que leur Président à reçu le Prix Nobel de la Paix comme une promesse à venir, il est temps de s’y mettre Barak Obama, le TCA c’est maintenant !

Benoît Muracciole





Une Cargaison de missiles Patriots saisies en Finlande

26 12 2011

Le Thor Liberty nouveau bateau de la honte ?

Le 14 décembre 2011 les autorités finlandaises ont fait une intéressante découverte dans le port de Mussalo  à Kokta dans le sud du pays. Le bateau Thor Liberty, qui a changé plusieurs fois de nom[1], avait quitté le port de Emden en Allemagne et, selon les documents à bord, aurait eu pour destination Shangai. Il transportait 69 missiles Patriots, produits par la société étasunienne Raytheon[2], et environ 160 tonnes de nitroguanidine[3] dont une tonne était entreposée hors des normes de sécurité.

C’est lors d’un examen de routine, que les services de l’inspecteur principal Timo Virtanen, du « National Bureau of Investigation » avaient découvert les missiles et la nitroguanidine à bord du navire Thor Liberty. Depuis, une enquête a été ouverte par le chef du service « anti criminalité » des douanes finlandaises, Petri Lounatmaa, car ce matériel n’est pas autorisé à transiter par le territoire ce qui contrevient aux réglementations sur les exportations de matériel militaire finlandais. Dans le même temps le ministre de l’intérieur Paivi Rasanen déclarait qu’elle n’avait jamais vu des missiles Patriots enregistrés en tant que « feu d’artifices ».

Transparence :

Pour faire simple, le bateau avait un équipage ukrainien. un pavillon britannique – de l’Isle of Man- et il  appartient à la compagnie danoise Thorco. Pour rajouter à la clarté de l’opération, Thomas Mikkelsen, le directeur général de Thorco, s’est dit surpris par l’information et a  déclaré qu’il n’était pas au courant du chargement[4].

Le porte parole du ministère des affaires étrangères chinois Liu Weimin, affirmait que la Chine n’avait rien à voir avec cette histoire de Patriots et de nitroguanidine. Enfin du coté de l’Allemagne, un officiel   a déclaré  que c’était une exportation tout à fait légale réalisée dans le cadre de « Bundesamt für Wehrtechnik und Beschaffung[5] »  et que le chargement concernait la Corée du Sud.

Ce qui est troublant :

Pourquoi les finlandais parlent de Shanghai comme destination finale ? Quand on regarde une carte du monde cela voudrait dire que le Thor Liberty fera une escale en  Corée du sud… dans un pays plus éloigné que le port de Shanghai.

Ce qui fait froid dans le dos :

Premièrement le cafouillage que se permettent les autorités des pays concernés concernant  la destination : la Corée du Sud ou Shanghai ?

Il y a un élément très important qui est l’embargo de l’Union Européenne sur le Chine[6]. Car même s’il y a eu de nombreuses tentatives de lever cet embargo, notamment en début d’année 2011, il existe toujours. Comme il s’agit d’un matériel étasunien et que ce pays est aussi engagé sur un embargo en direction de la Chine[7], il y aurait là une grave violation des engagements de l’UE et des Etats Unis.  Or aucun officiel, qu’il soit Allemand, Etasunien ou Finlandais[8], n’a mentionné l’interdiction de la livraison pour la Chine en raison du type de matériel embarqué.

Deuxièmement, le non respect par l’Allemagne du Régime de contrôle de la technologie des missiles[9](RCTM). En 1987 était mis en place le (RCTM) dont sont membres fondateurs l’Allemagne et les Etats Unis. Même si le mode est volontaire, les Etats membres s’engagent à n’ autoriser les transferts de missiles « qu’en de rares occasions et si le Gouvernement :

(A) obtient un engagement contraignant, de gouvernement à gouvernement, offrant les garanties du gouvernement destinataire, tel que rappelé dans le paragraphe 5 de ces Directives;                                (B) assume la responsabilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que ledit article ne servira qu’à son utilisation finale déclarée. »

Troisièmement, les missiles Patriots ainsi que la nitroguanidine font partie des listes de Wassenaar[10] et de l’Union Européenne[11]. Ces matériels demandent une autorisation d’exportation; pourtant ce document ne semblait pas accessible aux autorités finlandaises.

Quatrièmement, des bonnes pratiques concernant le certificat d’utilisation finale[12] ont été adoptées en décembre 1999 au sein de l’Arrangement de Wassenaar. Il est expressément demandé d’indiquer sur le document : les noms et adresses des exportateurs, des intermédiaires et de l’utilisateur final, là encore ce document ne semblait pas accessible aux autorités finlandaises.

Cinquièmement c’est un cas d’étude pratique quant à la nouvelle directive sur les transferts intra communautaires[13] (TIC). Si elle avait été strictement appliquée, les douanes finlandaises n’auraient pas inspecté un bateau qui venait d’Allemagne. Le matériel de guerre serait non seulement parti vers une destination hypothétique, la Corée du sud, mais aussi dans des conditions de sécurité plus que douteuses.  Or la TIC ne doit, en aucun cas, affaiblir le contrôle au risque de voir  ce matériel participer ou faciliter  de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Sixièmement cette histoire sent mauvais; on y retrouve  quelques uns des pays engagés dans la livraison de tanks en 2009 en direction du gouvernement du Sud Soudan[14]. A l’époque le bateau s’appelait le Beluga Endurance et cette livraison s’était faite en violation de l’embargo de l’Union Européenne sur les armes en direction du Soudan de 1994[15].

Enfin l’Allemagne et les Etats Unis représentent, entre 2005 et 2009, selon l’estimation du rapport au Parlement sur les exportations d’armes de la France, respectivement 2% et 53,7% des exportations mondiales d’armes. Ces deux pays nous montrent une fois de plus pourquoi un traité sur le commerce des armes est nécessaire et urgent, cela indique également que ce nouvel instrument juridiquement contraignant sera aussi utile aux grands pays exportateurs.

Benoît Muracciole


[1] Il a commencé sous le nom de : Arktis Hope (jusqu’au 4 janvier 2000), puis Cic Hope (jusqu’au 21 novembre 2001), puis Cec Hope (jusqu’au 28 novembre 2002), puis Cec Liberty (jusqu’au 3 décembre 2007), White Rhino (jusqu’au 6 novembre 2008) et à nouveau Cec Liberty (jusqu’au 28 octobre 2009)

[3] La nitroguanidine peut être utilisée notamment  comme explosif ou pour la propulsion de missiles ou fusées dont il semble que l’on puisse trouver la description pour son usage sur différents sites : http://patents.com/us-6599379.html ou http://www.sciencemadness.org/talk/viewthread.php?tid=8911

[5] Qui est l’Office fédéral de la technologie militaire et des approvisionnements, en charge des exportations de matériel de guerre, voir http://www.bwb.org/portal/a/bwb/!ut/p/c4/04_SB8K8xLLM9MSSzPy8xBz9CP3I5EyrpHK9pPIkvdLUpNSi0jz9gmxHRQCTMdOC/

[6]  Union Européenne, déclaration au Conseil européen de Madrid (26 et 27 juin 1989) : http://discours.vie-publique.fr/notices/892013500.html

[8] Ces trois pays sont membres de l’Arrangement de Wassenaar

[11] Classés sur la liste de l’UE en ML4 pour les missiles et ML8 pour la nitroguanidine voir rapport sur armer désarmer

[14] Qui n’était pas encore reconnu membre de l’ONU








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